et les joyaux précieux qu’elle possédait périrent avec elle. Les gens considéraient dès lors cette forteresse comme de mauvais augure. Ils disaient :
« Celui qui en indiqua l’emplacement était un chien, celui qui en conseilla l’édification un mécréant, et celui qui s’y retrancha un zindiq. » (1)
Au cours de la même année, de nombreuses guerres éclatèrent entre les Banû Khafâja et les Banû ʿUbâda ; ces derniers vainquirent Khafâja et prirent leur revanche pour les offenses antérieures.
Durant cette année encore, Sayf ad-Dawla Ṣadaqa b. Manṣūr al-Asadî s’empara de la ville de Tikrît après de violents combats.
Dans le même temps, le sultan Muḥammad dépêcha l’émir Jâwalî Saqâwû à Mossoul et la lui donna en fief. Jâwalî s’y rendit donc et l’arracha à l’émir Jakarmaq après l’avoir combattu, avoir mis ses troupes en déroute et l’avoir fait prisonnier ; puis il le tua. Jakarmaq comptait pourtant parmi les meilleurs émirs, réputé pour sa droiture, sa justice et sa bienfaisance. Par la suite, Qilij Arslân b. Qutulmush arriva, assiégea Mossoul et l’enleva à Jâwalî. Celui-ci se transporta alors à ar-Raḥba qu’il prit, puis revint affronter Qilij, le battit, et Qilij se jeta dans le fleuve al-Khâbûr où il périt. (2)
La même année, de grandes guerres opposèrent les Byzantins aux Francs ; ils se livrèrent un combat titanesque et des milliers d’hommes périrent de part et d’autre. Finalement, de l’avis de tous, la défaite écrasante frappa les Francs. Louange à Allah, Seigneur des mondes. (3)
Le jour de ʿĀshûrâʾ, Fakhr al-Mulk, fils aîné de Niẓâm al-Mulk et vizir du sultan Sanjar à Neysâbûr, fut assassiné alors qu’il jeûnait ; il tomba sous les coups d’un Bâṭinî. La nuit précédente, il avait vu al-Ḥusayn b. ʿAlî — qu’Allah l’agrée — qui lui disait : « Hâte-toi vers nous et romps le jeûne chez nous cette nuit. » Au matin, étonné, il décida de jeûner ce jour-là. Certains de ses compagnons lui conseillèrent de ne pas quitter sa maison, mais il n’en sortit qu’à la toute fin de la journée. Il aperçut alors un jeune homme qui se plaignait, tenant un billet à la main. Il lui demanda : « Que t’arrive-t-il ? » L’homme lui remit le billet ; tandis qu’il le lisait, celui-ci le frappa d’un poignard et le tua. Le Bâṭinî fut arrêté, conduit devant le sultan et interrogé ; il accusa un groupe de compagnons du vizir de l’avoir envoyé, mais il mentait. On le mit à mort, et eux également. (4)
Le quatorzième jour de Ṣafar, le calife destitua le vizir Abû al-Qâsim ʿAlî b. Jahîr et fit démolir la demeure que son père avait édifiée en pillant les maisons du peuple. Il y eut là un avertissement et une exhortation pour ceux qui possèdent clairvoyance et raison. La charge de vizir fut alors confiée au qâḍî Abû al-Ḥasan b. ad-Dâmaghânî, conjointement avec un autre. (5)