Il ne cessait de lui faire boire ce miel et autres douceurs jusqu’à ce qu’il se prête à ses vues et lui devienne plus docile qu’envers son propre père et sa mère. Puis il lui exhibait quantité de tours d’illusion, de nîrangiyât et de stratagèmes qui ne dupent que les ignorants, si bien qu’une foule considérable se rallia à lui.
Le sultan Malik-Shâh lui envoya alors des messages où il le menaçait, le morigénait et lui interdisait de dépêcher ses fidâʼiyyûn contre les savants, joignant à la lettre les fatwâs des ʿulamâʾ. Lorsque Ḥasan lut le courrier en présence de l’émissaire, il déclara aux jeunes gens qui l’entouraient : « Je veux choisir l’un d’entre vous pour l’envoyer comme messager à son maître. » Tous levèrent aussitôt la tête. Il désigna alors l’un d’eux : « Suicide-toi. » Le jeune homme sortit un couteau, s’en trancha la gorge et tomba mort. Il en appela un second : « Jette-toi d’ici. » Celui-ci se précipita du haut de la citadelle dans le fossé et son corps se disloqua. Ḥasan dit alors à l’envoyé du sultan : « Voilà la réponse. » Dès lors, le souverain cessa toute correspondance avec lui. Tel est le récit rapporté par Ibn al-Jawzî (1). Plus loin, nous verrons que le roi Ṣalâḥ ad-Dîn [Yûsuf b. Ayyûb], le conquérant de Bayt al-Maqdis, eut avec Sinân (2), maître des forteresses d’Alamût (3), une affaire similaire.
Durant le mois de Ramaḍân, le calife al-Mustazhir bi-llâh ordonna d’ouvrir la mosquée du Palais, de la blanchir, d’y célébrer la prière de tarâwîḥ, de réciter la basmala à haute voix et d’interdire aux femmes de sortir la nuit pour se divertir.
Au début de la même année, le sultan Barkiyârûq entra à Bagdad. Ses deux frères, Muḥammad et Sanjar, le suivirent et y pénétrèrent alors qu’il était malade ; ils traversèrent vers la rive occidentale, son nom fut ôté de la khuṭba et celle-ci fut prononcée en leur faveur. Barkiyârûq s’enfuit à Wâsiṭ, et son armée pilla les régions traversées. Des savants tentèrent de le retenir et le sermonnèrent, sans résultat.
Cette année-là, les Francs conquirent de nombreuses forteresses, parmi lesquelles Qaysariyya (4) et Sarûj (5). Leur roi — celui-là même qui s’était emparé de Bayt al-Maqdis — Kundabrî (6) se dirigea vers ʿAkkâ et l’assiégea ; une flèche l’atteignit au cou et il mourut sur-le-champ. Qu’Allah maudisse lui et ses troupes.