Le vizir ʿAmîd ad-Dawla ibn Jahîr (1)
Muḥammad fils d’Abī Naṣr Muḥammad ibn Muḥammad ibn Jahîr, grand vizir, Abū Manṣūr, surnommé ʿAmîd ad-Dawla. Il compta parmi les plus éminents chefs de la chancellerie et les plus illustres notables ; il servit trois califes et fut le vizir de deux d’entre eux. Doux, peu enclin à la précipitation, on lui reprochait toutefois son arrogance. Il exerça plusieurs fois le vizirat, tour à tour destitué puis rappelé, jusqu’à cette dernière nomination ; emprisonné dans la Dār al-Khilāfa, il n’en sortit qu’inerte, au mois de Shawwāl de cette même année.
Ibn Jazla (2)
Yaḥyā ibn ʿĪsā ibn Jazla, le médecin, auteur du « Minhāj » (3) en médecine. Chrétien d’origine, il se rendait auprès du shaykh Abū ʿAlī ibn al-Walīd, le muʿtazilite (4), chez qui il étudiait la logique ; celui-ci ne cessait de l’appeler à l’islam et de lui exposer les preuves, si bien qu’il se convertit et que sa foi fut excellente. Par la suite, le grand qāḍī Abū ʿAbd Allāh ad-Dāmaghānī le chargea de la rédaction des actes officiels. Il soigna ensuite les gens sans rétribution, allant parfois jusqu’à leur préparer des remèdes à ses propres frais par pure largesse. Il légua ses ouvrages en waqf au mausolée de l’imām Abū Ḥanīfa – qu’Allah l’agrée.
[Ensuite commença l’année 494]
Au cours de celle-ci : la situation devint des plus graves à Ispahan et dans ses environs du fait des Bāṭinīs ; le sultan en fit exécuter une multitude et leur sang ainsi que leurs biens furent déclarés licites au commun [et l’on proclama : « Quiconque s’empare de l’un d’eux, qu’il le tue et saisisse ses biens »] (5).
Ils s’étaient emparés de nombreuses forteresses ; la première qu’ils conquirent, en l’an 483, le fut par al-Ḥasan ibn aṣ-Ṣabbāḥ, l’un de leurs missionnaires. Il s’était rendu en Égypte, où il avait été formé par les zindīqs qui s’y trouvaient, puis avait gagné ces régions du pays d’Ispahan. Il ne prêchait qu’aux esprits obtus, ignorants, incapables de distinguer leur droite de leur gauche ; il les nourrissait alors de miel mêlé de noix et de nigelle, jusqu’à ce que leur tempérament s’enflamme et que leur cerveau se corrompe. Il leur rapportait ensuite quelques récits concernant les Gens de la Maison, leur débitant les mensonges des Rawāfiḍ égarés selon lesquels ceux-ci auraient été opprimés et privés de leur droit [que Dieu et Son Messager leur auraient conféré]. Puis il disait : « Si déjà les Khawārij ont combattu aux côtés des Banū Umayya pour ʿAlī, tu es à plus forte raison tenu de combattre pour défendre ton Imām ʿAlī ibn Abī Ṭālib… »