Il naquit en l’an 401 de l’Hégire. Il étudia la jurisprudence auprès du qâḍî Abû Ṭayyib al-Ṭabarî et reçut le ḥadîth de lui ainsi que d’autres maîtres dans divers pays. Il s’établit ensuite à Nîsâbûr. Il connaissait par cœur un grand nombre de questions de divergence – près de quatre mille – leurs preuves, la manière de les débattre, ainsi qu’une foule de récits, d’anecdotes spirituelles et de pièces littéraires.
Homme d’une patience exemplaire, il menait une vie frugale, à l’image des pieux Anciens. Lorsqu’on lui transmit un décret l’investissant du qâḍî de Hamadhân, il déclara : « J’attends le décret d’Allâh – exalté soit-Il – que m’apportera l’Ange de la Mort pour me faire comparaître auprès de Lui. Par Allâh ! Une heure assise dans cette mosquée, l’esprit en paix, m’est plus chère que la souveraineté des deux ʿIrâq, et enseigner une seule question à un étudiant m’est plus précieux que la domination sur les deux espèces, hommes et djinns (1). » Ce propos est rapporté par Ibn al-Jawzî dans « Al-Muntazam » (2).
Il mourut au mois de Dhû l-Qiʿda de la présente année, à l’âge de quatre-vingt-treize ans.
Abû l-Qâsim, fils de l’Imâm des Deux Sanctuaires (3), fut tué à Nîsâbûr par certains ismaïliens. Qu’Allâh le couvre de Sa miséricorde et comble son père de Sa grâce et de Sa générosité.
[Nous entrons ensuite dans l’année 493 H.]
Au mois de Ṣafar, le sultan Barkiyârûq fit son entrée à Bagdad et descendit au Dâr al-Mulk. La khuṭba fut de nouveau prononcée en son nom dans la capitale, tandis que celle de son frère Muḥammad ibn Malikshâh fut interrompue. Le calife lui dépêcha un présent somptueux, et le commun du peuple ainsi que les femmes s’en réjouirent. Toutefois, il se trouvait dans l’embarras à cause de son frère Muḥammad : le pouvoir se tournait vers ce dernier, les notables se rassemblaient autour de lui, les ressources de Barkiyârûq étaient maigres et l’armée réclamait sa solde.
Il résolut alors de confisquer les biens du vizir Ibn Jahîr, lequel se réfugia auprès du calife ; celui-ci s’y opposa. On s’entendit finalement sur un arrangement (4) et Barkiyârûq obtint du vizir cent soixante mille dinars. Par la suite, il rencontra son frère, le sultan Muḥammad, près de Hamadhân : Muḥammad le mit en déroute, et Barkiyârûq ne s’échappa qu’avec cinquante cavaliers. Dans cette bataille, Saʿd ad-Dawla Kuharâʾîn, l’eunuque, trouva la mort. Il servait depuis longtemps la dynastie, avait exercé la charge de shihna de Bagdad, se distinguait par sa mansuétude et sa belle conduite, et n’avait jamais cherché à commettre d’injustice. Jamais serviteur n’avait joui d’une pareille considération, de semblables honneurs et d’un si grand nombre d’assistants (5). Il priait beaucoup la nuit, ne s’asseyait qu’après avoir renouvelé ses ablutions, ne tomba jamais malade de toute sa vie et ne connut même pas le mal de tête.
À la suite de cette défaite, la puissance du sultan Barkiyârûq déclina, puis son armée revint toutefois vers lui et l’émir Dâdh-Habshî (6) se joignit à lui avec vingt mille hommes. Il se heurta alors à son frère Sanjar, qui le vainquit lui aussi.