Et la redoutable puissance ne visait que moi : « Et je vais leur envoyer un présent, puis je verrai ce que les envoyés rapporteront. » Elle entendait ainsi se concilier sa propre personne et les siens par ce présent qu’elle faisait parvenir, ces offrandes qu’elle dépêchait, sans savoir que Salomon (que la paix soit sur lui) n’accepterait rien de leur part, dans l’état où ils se trouvaient, ni paiement ni rançon, car ils étaient mécréants et lui, soutenu par ses armées, était en mesure de les soumettre.
C’est pourquoi, lorsque le présent parvint à Salomon, il dit : « Est-ce par de l’argent que vous voulez m’aider ?… » Et il se trouve que ces offrandes étaient considérables, comme l’ont rapporté les commentateurs (1).
Ensuite, il s’adressa à son émissaire et représentant venu auprès de lui, devant tous les présents qui écoutaient : « Retourne vers eux, car nous viendrons à eux avec des troupes auxquelles ils ne pourront résister et nous les en expulserons humiliés et ravalés. » Autrement dit : « Rapporte ton présent à celui qui te l’avait confié, car Dieu m’a déjà comblé de biens, de précieux objets et d’hommes en si grand nombre qu’il surpasse de loin tout ce que vous pouvez offrir et dont vous vous réjouissez avec fierté devant vos semblables. » En effet : « Nous viendrons à eux avec des troupes qu’ils ne pourront ni affronter ni combattre, et nous les expulserons de leur terre, humiliés et ravalés », c’est-à-dire accablés de honte et de ruine.
Lorsqu’ils reçurent cette mise en garde du Prophète de Dieu, ils ne purent que s’y soumettre et obéir. Ils se hâtèrent de répondre sur-le-champ en se rendant tous ensemble auprès de lui, accompagnant la reine, dans l’obéissance et la soumission. Lorsqu’il eut vent de leur arrivée, Salomon s’adressa à ceux qui se tenaient devant lui parmi les djinns qui lui étaient asservis, comme Dieu le relate dans le Coran :
« Il dit : “Ô notables, qui parmi vous m’apportera son trône avant qu’ils ne viennent à moi en toute soumission ?” (38) Un ifrit parmi les djinns dit : “Je te l’apporterai avant que tu ne te lèves de ta place ; je suis suffisamment fort et digne de confiance.” (39) Celui qui possédait une science du Livre dit : “Je te l’apporterai avant que ton regard ne revienne vers toi.” Et quand (Salomon) le vit installé près de lui, il dit : “Ceci est une grâce de mon Seigneur, pour m’éprouver : serai-je reconnaissant ou ingrat ? Quiconque est reconnaissant l’est à son propre avantage, et quiconque est ingrat… assurément, mon Seigneur Se passe de tout et Il est Généreux.” (40) Il dit : “Transformez son trône : voyons si elle sera bien guidée ou si elle sera de ceux qui ne sont pas guidés.” (41) Lorsqu’elle fut arrivée, on lui dit : “Est-ce bien ton trône ?” Elle répondit : “On dirait que c’est le mien.” “Nous avons reçu la science avant elle et nous étions déjà soumis à Dieu.” (42) Or ce qu’elle adorait en dehors de Dieu l’avait détournée [de la Vérité], car elle appartenait à un peuple de mécréants. (43) On lui dit : “Entre dans le palais.” Lorsqu’elle le vit, elle le prit pour un étang et découvrit ses jambes. Salomon lui dit : “C’est un palais pavé de cristal.” Elle s’écria : “Ô mon Seigneur, je me suis fait du tort à moi-même. Je me soumets avec Salomon à Dieu, Seigneur de l’univers.” » (Les Fourmis, 38-44).
Lorsque Salomon exigea des djinns qu’ils lui apportent le trône de Balqis – ce siège royal sur lequel elle s’installait pour gouverner, avant son arrivée auprès de lui –, « un ifrit parmi les djinns dit : “Je te l’apporterai avant que tu ne te lèves de ta place… et je suis vraiment fort et digne de confiance.” » c’est-à-dire avant que ne s’achève ta séance de jugement. On raconte qu’elle se tenait du début du jour jusqu’aux alentours de midi, Salomon se consacrant alors aux affaires et aux besoins des Enfants d’Israël. « Je suis réellement fort et digne de confiance », autrement dit : j’ai le pouvoir de l’amener jusqu’à toi et de veiller scrupuleusement sur ce qu’il recèle comme joyaux précieux. « Celui qui avait une science du Livre dit… » : selon l’opinion la plus connue, il s’agirait d’Āsif ibn Barkhiyā, fils de la tante maternelle de Salomon. Selon d’autres, c’était un djinn croyant qui, dit-on, connaissait le Nom Suprême. D’aucuns avancent encore qu’il s’agissait d’un homme issu des Banî