Al-Muʿammar b. Muḥammad b. al-Muʿammar b. Aḥmad b. Muḥammad (1), Abû l-Ghanâʾim al-Ḥusaynî, naqîb des Ṭâlibiyyîn,
auditeur de ḥadith, était d’une belle prestance, d’un caractère généreux et d’une grande dévotion ; on n’a jamais su qu’il ait nui à un musulman, ni qu’il ait injurié qui que ce fût. Il s’éteignit à un peu plus de soixante ans, dont il occupa trente-deux années la charge de naqîb. Il comptait parmi les notables de Quraych. Son fils, Abû l-Futûḥ Ḥaydara, lui succéda et reçut le surnom d’al-Raḍî Dhû l-Fakhrayn. Les poètes le pleurèrent en vers rapportés par Ibn al-Jawzî (2).
Yaḥyâ b. Aḥmad b. Muḥammad b. ʿAlî as-Sîbî (3) avait, lui aussi, entendu les ḥadiths ; les étudiants se rendaient auprès de lui. Il était digne de confiance, pieux, véridique et lettré. Il vécut cent douze ans et demi, tout en conservant la plénitude de ses sens ; on lui récitait le Coran et les ḥadiths. Qu’Allah – Très-Haut – lui fasse miséricorde.
Puis s’ouvrit l’année quatre-cent-quatre-vingt-onze. En Jumâdâ I de celle-ci, les Francs s’emparèrent de la ville d’Antioche, après un siège acharné, grâce à la connivence de certains gardiens d’une partie des tours. Son gouverneur, Yaghî Siyân (4), s’enfuit avec un petit nombre de compagnons, abandonnant sur place sa famille et ses biens. Sur la route, un violent remords le saisit ; il perdit connaissance, tomba de cheval, et ses compagnons le laissèrent là. Un berger survint, lui trancha la tête et l’apporta au roi des Francs.
Lorsque la nouvelle parvint à l’émir Karbûqâ, seigneur de Mossoul, il rassembla de nombreuses troupes ; le rejoignirent Duqâq b. Tutush, gouverneur de Damas, Jinâḥ ad-Dawla, gouverneur de Ḥimṣ, et d’autres encore. Ils marchèrent contre les Francs et les affrontèrent sur le territoire d’Antioche ; mais les Francs les mirent en déroute, massacrèrent un grand nombre d’entre eux et s’emparèrent de butins considérables. Nous appartenons à Allah, et c’est vers Lui que nous retournons.
Les Francs se dirigèrent ensuite vers Maʿarrat an-Nuʿmân, l’assiégèrent et la prirent également ; il n’est de force ni de puissance qu’en Allah. Quand cette calamité parvint au sultan Barkiyârûq, la chose lui fut très pénible ; il écrivit aux émirs de Bagdad de se préparer, sous la conduite du vizir Ibn Jahîr, pour combattre les Francs,