Puis s’ouvrit l’année quatre-cent-quatre-vingt-dix.
Au cours de celle-ci :
— Le pouvoir des Khwârazmiens prit naissance. En effet, le sultan Barkiyârûq se rendit maître du Khurâsân après l’assassinat de son oncle Arslân Arghun b. Alp Arslân, puis il remit la province à son frère Aḥmad, connu sous le nom de Malik Sanjar, en nommant pour atabeg l’émir Qamâj et, pour vizir, Abû l-Fatḥ ʿAlî b. al-Ḥusayn al-Tughraʾî. Il confia encore l’administration du Khurâsân à l’émir Ḥabashî b. al-Tuntâq (1). Il plaça ensuite à la tête de la ville de Khwârazm un jeune homme nommé Muḥammad b. Anûshtakîn ; le père de ce dernier appartenait aux mamâlîk des émirs saljûqides et lui-même avait grandi dans la science, la vertu et la bonne conduite. Lorsqu’il fut investi de Khwârazm, on le titra Khwârazm-Shah, devenant ainsi le premier souverain de cette dynastie. Il gouverna avec équité et traita les gens avec bienveillance. À sa mort, son fils [Atsizjarî] lui succéda, suivant la voie tracée par son père ; il fit régner la justice, gagna la faveur du sultan Sanjar, l’amour du peuple, et sa position s’éleva.
— Cette même année, le roi Riḍwân b. Tâj ad-Dawla Tutush fit prononcer la khuṭbah au nom du calife fâṭimide al-Mustaʿlî.
— Au mois de Shawwâl, un homme bâtinî fut exécuté à Bâb an-Nûbî, deux témoins probes — dont Ibn ʿAqîl — ayant attesté qu’il les avait conviés à son dogme. Tandis qu’on le menait au supplice, il répétait : « Allez-vous me tuer alors que je dis : Lâ ilâha illâ Llâh ? » Ibn ʿAqîl répliqua : « Allah — Très-Haut — dit : ﴿Lorsqu’ils virent Notre rigueur, ils dirent : Nous croyons en Allah, Lui seul…﴾ (Ghâfir : 84 et suiv.). »
— Au mois de Ramaḍân, Bursuq, l’un des plus grands émirs et premier détenteur de la charge de shihna de Bagdad, fut tué.
— Le pèlerinage, cette année-là, fut dirigé par Khumârtakîn al-Jastânî.
— Le jour de ʿÂshûrâ’, la demeure de Bahâ’ ad-Dawla Abû Naṣr b. Jalâl ad-Dawla Abû Ṭâhir b. Bûyah fut investie, des accusations ayant été établies contre lui devant le qâḍî. Son sang fut versé, sa maison rasée, et l’on édifia à sa place deux mosquées, l’une pour les Ḥanafites, l’autre pour les Shâfiʿites. Le sultan Malik Shâh lui avait auparavant concédé en iqṭâʿ les localités de Madâ’in, Dayr ʿÂqûl et d’autres encore.
Parmi les personnages éminents décédés cette année-là :
Aḥmad b. Muḥammad b. al-Ḥasan b. ʿAlî b. Zakariyyâ b. Dînâr (2), Abû Yaʿlâ al-ʿAbdî al-Baṣrî, connu sous le nom d’Ibn al-Ṣawwâf. Né en 400 H, il avait entendu les ḥadiths, menait une vie d’ascète affilié au taṣawwuf, et était juriste, professeur, d’un maintien digne, de gravité, de sérénité et de piété. Savant encyclopédique dans dix disciplines, il s’éteignit au mois de Ramaḍân de cette année, à l’âge de quatre-vingt-dix ans ; qu’Allah — Très-Haut — lui fasse miséricorde.