Il ne prenait jamais place au dîwân sans avoir auprès de lui les fuqahâʾ ; lorsqu’une question difficile se présentait, il les consultait et statuait conformément à leurs avis. Il faisait preuve d’une profonde humilité envers tous, gens d’élite comme gens du commun.
Par la suite, il fut démis de la vizirat, se rendit au ḥajj et s’établit près de la Cité Prophétique. Puis il tomba malade. Lorsque son mal s’aggrava, il se rendit à la Noble Chambre et dit : « Ô Messager d’Allâh, Allâh – Très-Haut – a dit : ﴿وَلَوْ أَنَّهُمْ إِذْ ظَلَمُوا أَنْفُسَهُمْ جَاءُوكَ فَاسْتَغْفَرُوا ٱللَّهَ وَٱسْتَغْفَرَ لَهُمُ ٱلرَّسُولُ لَوَجَدُوا ٱللَّهَ تَوَّابًا رَّحِيمًا﴾ – « Et si, lorsqu’ils se sont fait du tort à eux-mêmes, ils étaient venus à toi, avaient imploré le pardon d’Allâh et si le Messager avait imploré le pardon pour eux, ils auraient certes trouvé Allâh, Grand Accueillant au repentir, Très Miséricordieux » (an-Nisâʾ, 64). Me voici donc, je viens à toi, implorant d’Allâh le pardon de mes péchés, et j’espère ton intercession à leur sujet au Jour de la Résurrection. » Il mourut le même jour et fut inhumé à al-Baqīʿ. Qu’Allâh lui fasse miséricorde.
Le Qâḍî Abû Bakr ash-Shâmî (1)
Muḥammad ibn al-Muẓaffar ibn Bakrân al-Ḥamawî, Abû Bakr ash-Shâmî.
Né en l’an 400 H, il étudia le fiqh dans sa ville natale, puis accomplit le ḥajj en 417. Il gagna Bagdad, y poursuivit l’étude auprès du shaykh Abû al-Ṭayyib aṭ-Ṭabarî, y entendit le ḥadîth, puis témoigna devant Ibn al-Dâmghânî, qui valida son témoignage. Il fréquenta sa mosquée durant cinquante-cinq ans, enseignant la récitation et le fiqh aux fidèles. À la mort d’Abû ʿAbd Allâh al-Dâmghânî, Abû Shujâʿ, le vizir, le recommanda ; le calife al-Muqtadî le nomma alors juge. Il comptait parmi les hommes les plus scrupuleux et les plus chastes : il n’acceptait ni gratification du sultan, ni présent d’un notable, ne modifiait ni son habillement ni sa nourriture, ne touchait aucun salaire pour la magistrature, n’eut jamais de suppléant et rendait lui-même la justice, sans faire de faveur à quiconque. Il frappait certains auteurs de méfaits en l’absence de preuve légale, chaque fois que des indices circonstanciels établissaient la suspicion, jusqu’à ce qu’ils confessent. On rapporte que des propos de l’imâm ash-Shâfiʿî vont dans ce sens. Abû Bakr ash-Shâshî rédigea un ouvrage pour le réfuter à ce sujet, tandis qu’Ibn ʿAqîl le soutint dans son recours aux présomptions, invoquant à l’appui la parole d’Allâh : ﴿إِنْ كَانَ قَمِيصُهُ قُدَّ مِنْ قُبُلٍ﴾ – « Si sa chemise est déchirée par-devant… » (Yûsuf, 26).
Un jour, un éminent faqîh et débatteur, nommé al-Mashṭab ibn Muḥammad ibn Usâmah al-Faraghânî, se présenta pour témoigner devant lui ; il rejeta son témoignage parce qu’il le vit vêtu de soie et portant une bague d’or. Le demandeur lui dit : « Le sultan et son vizir Niẓâm al-Mulk portent bien soie et or ! » Le qâḍî ash-Shâmî répondit : « Par Allâh, quand bien même ils témoigneraient devant moi au sujet d’une simple botte d’herbes, je n’accepterais pas leur déposition ; je la repousserais. »
Une autre fois, un juriste vertueux, appartenant à sa propre école, se présenta pour témoigner ; il n’agréa pas son témoignage. Le juriste lui demanda : « Pour quelle raison repousses-tu mon témoignage, alors qu’il est recevable… »