Al-Mustazhir bi-Amr Allāh était d’un caractère généreux, mémorisateur du Noble Coran, éloquent, disert, poète et même logicien [منطقيًّا].
Parmi ses pièces poétiques les plus délicates, il dit :
(1)
La flamme du tourment fit fondre en mon cœur ce qui restait glacés ;
Le jour où, sur le tracé de l’adieu, j’allongeai mes doigts enlacés.
(2)
Comment donc suivre la voie de la patience, quand je vois les sentiers
De celui qu’enfièvre l’Amour se diviser en mille sillons contrariés ?
(3)
La pleine lune que j’adorais manqua soudain aux serments promis,
Après qu’un long âge durant elle fut restée fidèle à tout ce qu’elle dit.
(4)
Si jamais je rompais, au fond de mon âme, l’alliance d’amour ainsi promise,
Qu’il ne me soit plus donné de la revoir, ni aujourd’hui ni dans aucune brise !
Al-Mustazhir confia ensuite les affaires du califat au vizir Abū Manṣūr ʿAmīd ad-Dawla b. Jahīr ; celui-ci les administra pour lui de la plus belle manière, prépara les choses avec le plus grand soin, gouverna les administrés [et se montra l’un des meilleurs des vizirs].
Le treizième de Shaʿbān (4) le calife destitua Abū Bakr ash-Shāshī (5) de la magistrature et la délégua à Abū l-Ḥasan b. ad-Dāmaghānī.
Au cours de la même année, une sédition éclata entre les sunnites et les râfidites ; nombre de quartiers furent incendiés, beaucoup de gens furent tués, et nul ne se rendit au pèlerinage cette année-là en raison des dissensions entre les sultans.
La khuṭba fut prononcée au nom du sultan Barkyāruq, Rukn ad-Dawla, le vendredi quatorze Muḥarram – jour même où le calife al-Muqtadī rendit l’âme après avoir paraphé son décret – (6).
Parmi les notables décédés cette année-là (7) figure Āqsunqur l’Atābak, surnommé Qasīm ad-Dawla as-Saljūqî, connu sous le nom d’al-Ḥājib, gouverneur d’Alep, de Diyār Bakr et de la Jazīra ; il est l’aïeul du roi-martyr Nūr ad-Dīn Maḥmūd b. Zankī b. Āqsunqur.