Il fit édifier le mausolée du shaykh Abû Isḥâq. Le sultan Malik Shâh avait résolu de le prendre pour vizir après Niẓâm al-Mulk, mais le sultan mourut promptement ; il reçut alors la vizirat pour le fils du sultan, Maḥmûd. Lorsque celui-ci fut vaincu par son frère Barkiyârûq, les pages de Niẓâm al-Mulk se saisirent de lui, le tuèrent et le mirent en pièces, au mois de Dhû l-Ḥijja de cette même année.
Hibatullâh b. ʿAbd al-Wârith b. ʿAlî b. Aḥmad b. Barza (1), Abû l-Qâsim al-Shîrâzî,
comptait parmi les grands traditionnistes itinérants. Il était ḥâfiẓ, digne de confiance, religieux, pieux, d’une croyance saine et d’une conduite louable ; il a composé une Histoire appréciée (2). Des étudiants venaient à lui de Bagdad et d’ailleurs. – Allah est plus savant, qu’Il lui fasse miséricorde.
[Puis entra l’an quatre-cent-quatre-vingt-six] ; durant cette année arriva à Bagdad un homme nommé Ardashîr (3) b. Manṣûr, Abû l-Ḥusayn al-ʿAbbâdî, de retour du Ḥajj. Il descendit à la Niẓâmiyya, prêcha aux gens, al-Ghazâlî assista à son assemblée, et les foules se pressèrent à son exhortation ; [les réunions se multiplièrent ensuite et nombre de personnes délaissèrent leurs gagne-pain] (4). Il arrivait qu’environ trente mille hommes et femmes assistent à son sermon ; beaucoup se repentirent, se tinrent dans les mosquées, les vins furent répandus, les instruments de divertissement brisés. [L’homme, pour lui-même, était vertueux], assidu aux actes d’adoration, d’une grande ascèse [et doué d’états spirituels louables]. Les [fidèles] se disputaient l’eau résiduelle de ses ablutions et puisaient parfois dans le bassin où il les accomplissait afin d’en tirer bénédiction.
Ibn al-Jawzî (5) rapporte qu’un jour il exprima devant quelques-uns de ses compagnons le désir de déguster des mûres de Syrie accompagnées de glace. L’un d’eux parcourut toute la ville [de fond en comble] sans en trouver ; il revint donc et trouva le shaykh dans sa retraite. Il demanda : « Quelqu’un est-il venu [voir le shaykh] aujourd’hui ? » On répondit : « Une femme est venue et a dit : “J’ai filé de mes propres mains du fil que j’ai vendu ; je voudrais acheter au shaykh quelque friandise.” » Il s’y refusa, mais elle pleura ; il eut pitié d’elle et dit : « Va, achète. » – « Que dois-je acheter ? » demanda-t-elle. Il répondit : « Tout ce que tu voudras. » [Elle partit] et revint avec des mûres syriennes et de la glace, qu’il mangea.
[Quelqu’un raconta : « Je pénétrai chez lui tandis qu’il buvait du bouillon ; je me dis intérieurement : Ah, s’il me donnait ce qu’il en reste, je le boirais pour la mémorisation…]