ʿArtuq ibn Aqsab (1), le Turkmène (2), aïeul des souverains artuqides qui règnent aujourd’hui sur Mardin, était un homme valeureux et courageux, d’une ambition élevée ; il s’empara de nombreux territoires. Ibn Khallikân a consacré une notice à sa personne et a daté son décès de la présente année.
[Puis débuta l’année quatre-cent-quatre-vingt-cinq de l’Hégire]
Au cours de celle-ci :
Le sultan Malikshâh ordonna la construction [du rempart] du marché urbain connu sous le nom de Tughrulbek, attenant au palais royal ; il en renouvela les caravansérails, les souks et les maisons, et ordonna la restauration de la grande mosquée qu’Hârûn le serviteur avait achevée en l’an cinq-cent-vingt-quatre. Il assista lui-même au positionnement de la qibla, en présence de son astrologue Ibrâhîm, et l’on y transféra les poutres de la mosquée de Sâmarrâ. Niẓâm al-Mulk commença également à édifier pour lui une demeure gigantesque [de même, Tâj al-Mulûk Abû al-Ghanâʾim entreprit aussi la construction d’une vaste résidence] (3), puis ils s’établirent dans la cité, et Bagdad leur devint agréable.
En Jumâdâ al-Ûlâ, un incendie considérable se déclara à Bagdad en divers endroits ; il ne fut maîtrisé qu’après que de nombreux biens des habitants eurent été détruits ; leurs reconstructions ne compensèrent ni l’étendue des pertes ni les dépenses encourues.
En Rabîʿ al-Awwal, le sultan se rendit à Iṣfahân, emmenant avec lui le fils du calife, Abû al-Faḍl Jaʿfar. [Alors qu’il était en route, le jour de ʿÂshûrâʾ, un jeune Deylamite se jeta sur le vizir Niẓâm al-Mulk, après la rupture du jeûne, et le frappa d’un couteau ; Niẓâm succomba une heure plus tard. Le jeune Deylamite fut saisi puis exécuté. Niẓâm al-Mulk comptait parmi les plus grands vizirs et les meilleurs émirs ; nous mentionnerons quelques traits de sa vie lors de sa biographie] (4).
Il revint ensuite à Bagdad durant le mois de Ramadân avec de funestes desseins ; mais Allâh lui fit subir ce qu’il désirait pour ses ennemis. En effet, lorsque son cortège fut installé à Bagdad et que les gens vinrent le saluer et le féliciter de son arrivée, [le calife lui adressa ses félicitations] (5). Il dépêcha alors au calife ce message : « Il faut que tu me laisses Bagdad et que tu te rendes où bon te semblera ». Le calife sollicita un délai d’un mois ; il répondit : « Pas même une heure ». Le calife le supplia ensuite de lui accorder dix jours ; il y consentit, mais avec grande réticence. [Or, avant l’expiration du terme] (6), le sultan sortit chasser le jour de l’ʿÎd al-Fiṭr ; une forte fièvre l’atteignit, on le saigna, et il ne se releva point : il mourut avant la fin des dix jours – louange à Allâh. Son épouse Zubayda Khâtûn prit alors possession de