lequel comprenait mille têtes de moutons, cent chameaux et chevaux, ainsi que vingt mille poulets. On y versa vingt mille mann de sucre, sur lequel on disposa quantité d’oiseaux et d’animaux sauvages façonnés en sucre. Le sultan en prit lui-même un petit morceau, puis fit un signe : le tout fut alors pillé jusqu’au dernier reste.
Il se déplaça ensuite vers une immense tente de soie, sans pareille, dans laquelle se trouvaient cinq cents pièces d’argent et d’or, divers objets sculptés en bois d’aloès, musc, ambre et autres. On y dressa pour lui une table particulière ; c’est là que le sultan mangea. On lui remit alors vingt mille dinars et l’on lui offrit la tente dans son intégralité, après quoi il prit congé.
Parmi les notables décédés cette année-là figure l’émir Jaʿbar ibn Sābiq al-Qushayrī, surnommé Sābiq ad-Dīn. Il avait détenu la citadelle de Jaʿbar durant de longues années, si bien qu’elle porta son nom ; auparavant, on l’appelait ad-Dawsariyya, d’après le serviteur Dawsar d’al-Nuʿmān ibn al-Mundhir. Plus tard, l’émir vieillit et perdit la vue. Il avait deux fils qui détroussaient les voyageurs. Le sultan Malik-Shāh ibn Alp Arslān, lorsqu’il se rendait à Alep, passa par là, le fit descendre de la forteresse, le tua et s’en empara.
L’émir Khatlugh, commandant du pèlerinage — il détenait l’iqṭāʿ de Kūfa —, mena plusieurs combats contre les tribus arabes ; ceux-ci mirent en relief sa bravoure, jetèrent l’effroi dans leurs cœurs et les dispersèrent aux quatre vents. Il était d’une conduite exemplaire, assidu à la prière, fréquent dans la récitation. Sur la route de La Mecque, il laissa de belles réalisations : réfection de citernes et d’endroits nécessaires aux pèlerins et autres voyageurs. Il fonda une madrasa hanafite auprès du mausolée de Yūnus à Kūfa et bâtit une mosquée sur la rive occidentale de Bagdad, au bord du Tigre, à l’embarcadère de Karkh. Son décès survint en Jumādā al-Ūlā de cette année ; qu’Allāh lui fasse miséricorde. Lorsque Niẓām al-Mulk en fut informé, il déclara : « C’est la mort de mille hommes. »
ʿAlī ibn Faḍḍāl al-Mujāshiʿī, Abū ʿAlī, le grammairien maghrébin.