Si je ne retiens point le coupable ni ne réprime sa tyrannie,
Lorsque, dès l’aurore, j’appelle à la gloire et revendique mon lignage, quelle tyrannie !
Qu’aucune vaillance arabe ne m’élève alors vers les cimes de la splendeur,
Ni ne me conduise à la grandeur, jusqu’aux sommets de toute splendeur.
Hibat Allâh ibn Aḥmad ibn as-Sîbî,
précepteur du calife al-Muqtadî bi-Amr Allâh, avait reçu l’enseignement du ḥadith. Il rendit l’âme en Muḥarram de cette année, ayant dépassé quatre-vingts ans. Il composa d’excellents poèmes, dont celui-ci :
J’espérais, de mon Créateur, atteindre mes quatre-vingts ans, ainsi l’annonça le Prophète ;
Sur cette parole j’ai compté, sûre promesse du Prophète.
Il me les accorda – louange à Lui – puis m’en donna trois de surcroît, pure faveur ;
J’attends qu’Il parachève Sa promesse, car Il est digne de toute faveur.
Vint ensuite l’année quatre cent soixante-dix-neuf de l’Hégire.
Au cours de celle-ci, la bataille opposa Tutush, seigneur de Damas, à Sulaymân ibn Qutulmish, maître d’Alep, d’Antioche et des environs. Les troupes de Sulaymân furent mises en fuite ; quant à lui, il se donna la mort avec le poignard qu’il portait. Le sultan Malik-Shâh quitta alors Ispahan pour Alep, qu’il conquit, de même que les contrées traversées en route : Ḥizân, ar-Ruhâ et la forteresse de Jaʿbar. Jaʿbar était un vieillard aveugle, père de deux fils ; les brigands se réfugiaient dans sa citadelle pour s’y retrancher.
Le sultan dépêcha un message à Sâbiq ibn Jaʿbar pour qu’il la lui remît ; Sâbiq refusa. Malik-Shâh fit alors dresser mangonneaux et catapultes, s’empara de la place et ordonna de mettre Sâbiq à mort. L’épouse de celui-ci s’écria : « Ne le tue pas avant de me tuer avec lui. » Il la repoussa d’un coup sur la tête, qui se brisa, puis ordonna de le faire scier en deux. Elle se jeta ensuite derrière lui et survécut. Certains la blâmèrent ; elle répondit : « J’ai craint que le Turc ne me rejoigne ; ce serait pour moi une honte. » On jugea sa conduite louable.
Le sultan confia le gouvernement d’Alep à Qasîm ad-Dawla Aq-Sunqur le Turc – aïeul de Nûr ad-Dîn le Martyr –, et nomma sur ar-Raḥba, Ḥarrân, ar-Raqqa, Sarûj et le Khabur Muḥammad ibn Sharaf ad-Dawla Muslim, qu’il unit à sa sœur Zuleykhâ Khâtûn. Il révoqua enfin Fakhr ad-Dawla ibn Jahîr de la direction des provinces