ibn Muḥammad ibn Ḥayyūyah, Abū al-Maʿālī al-Juwaynī.
Juwayn est l’un des villages dépendant de Naysâbûr. Il fut surnommé « l’Imâm des Deux Sanctuaires » parce qu’il séjourna auprès de La Mecque durant quatre années.
Il naquit en 419 de l’Hégire. Il entendit le ḥadîth et acquit la science juridique auprès de son père, le shaykh Abû Muḥammad al-Juwaynî ; après la disparition de celui-ci, il occupa son cercle d’enseignement. Il étudia également auprès du qâḍî Ḥusayn, se rendit à Bagdad où il se perfectionna en fiqh, y transmit le ḥadîth, puis se dirigea vers La Mecque où il demeura quatre ans. De retour à Naysâbûr, on lui confia l’enseignement, la khôṭba et l’exhortation. Il composa « Nihâyat al-Maṭlab fî Dirâyat al-Madhhab », « al-Burhân fî Uṣûl al-Fiqh » et bien d’autres ouvrages dans diverses disciplines. Les étudiants se pressaient autour de lui et affluaient de tous les pays ; trois cents jurisconsultes assistaient à son cercle. J’ai exposé sa biographie de façon détaillée dans les « Ṭabaqât ».
Il mourut le vingt-cinquième de Rabîʿ al-Awwal de cette année, à l’âge de cinquante-sept ans, fut d’abord inhumé dans sa demeure, puis transféré auprès de son père – qu’Allâh, Très-Haut, lui fasse miséricorde.
Ibn Khallikân rapporte : Sa mère était une esclave que son père avait achetée grâce au produit de son travail de copiste ; il lui ordonna de ne laisser personne d’autre que lui l’allaiter. Il advint toutefois qu’une femme entra chez eux et lui donna le sein une seule fois ; aussitôt le shaykh Abû Muḥammad le prit, le renversa, posa sa main sur son ventre et son doigt dans sa gorge, et ne cessa qu’il n’eût vomi tout le lait qu’il avait absorbé d’elle. Il disait : « Il arrive que, dans certaines séances de controverse, une lassitude ou une pause me saisisse ; c’est la trace de cette tétée. »
Il dit encore : Lorsqu’il revint du Ḥijâz dans sa ville de Naysâbûr, on lui remit le miḥrâb, le minbar, la khôṭba, l’enseignement et le cercle d’exhortation du vendredi. Il demeura ainsi trente ans sans rival ni opposant, et composa dans tous les domaines, parmi eux la « Nihâya », ouvrage auquel on n’a rien composé de semblable dans l’Islam.
Abû Jaʿfar al-Ḥâfiẓ (1) rapporte : J’ai entendu le shaykh Abû Isḥâq al-Fîrûzâbâdî dire à l’Imâm des Deux Sanctuaires : « Ô bienfaiteur des gens d’Orient et d’Occident, tu es aujourd’hui l’imâm des imâms. »
Parmi ses écrits : « al-Shâmil fî Uṣûl ad-Dîn », « Talkhîṣ at-Taqrîb », « al-Irshâd », « al-ʿAqîda an-Niẓâmiyya », « Ghiyâth al-Umam », « Ghiyâth al-Khalq » et d’autres qu’il acheva, ainsi que certains qu’il intitula sans les mener à terme.
Il est relaté : Lorsqu’il mourut en Rabîʿ ath-Thânî 478 H, son fils Abû al-Qâsim célébra la prière funéraire ; les marchés furent fermés ; ses élèves – au nombre de quatre cents – brisèrent leurs plumes et leurs encriers et demeurèrent ainsi une année entière. De nombreuses élégies furent composées à son sujet, parmi lesquelles celle-ci :
Les cœurs de tous les hommes brûlent au feu des douleurs,
Et les jours du genre humain s’obscurcissent comme les nuits sans lueurs. (2)