Cette année-là, Taksh, frère du sultan, se souleva ; le sultan s’en empara, lui creva les yeux et le fit emprisonner (1).
Le pèlerinage fut conduit, cette année, par l’émir Khumārtakīn al-Jistānī (2), car les gens se plaignaient de la rudesse du rythme imposé par Khatlag le Turc et des taxes qu’il prélevait sur eux ; il lui arriva de parcourir la distance de Koufa à La Mecque en dix-neuf jours.
Parmi les notables décédés au cours de cette année :
– Aḥmad ibn Muḥammad ibn Dust (3), Abū Saʿd an-Naysābūrī, maître des soufis. Il possédait à Nīshābūr un ribāṭ dont la porte permettait à un chameau monté de passer ; il accomplit à maintes reprises le ḥajj dans le dénuement. Lorsque la route de La Mecque fut coupée, il emmenait avec lui un groupe de pauvres et, grâce aux tribus arabes, parvenait jusqu’au Sanctuaire. Il mourut cette année, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans – qu’Allāh lui fasse miséricorde – et recommanda que son fils Ismāʿīl lui succédât ; celui-ci fut donc installé à la tête du ribāṭ (4).
– Ibn aṣ-Ṣabbāgh (5), auteur du « Ash-Shāmil », ʿAbd as-Sayyid ibn Muḥammad ibn ʿAbd al-Wāḥid ibn Aḥmad ibn Jaʿfar, l’imām Abū Naṣr ibn aṣ-Ṣabbāgh. Né en 400 H, il étudia la jurisprudence à Bagdad auprès d’Abū al-Ṭayyib aṭ-Ṭabarī, surpassant bientôt l’ensemble des shaféites d’Irak. Il composa de nombreux ouvrages utiles, dont son « Ash-Shāmil fī al-Madhhab » ; il fut le premier à enseigner à la Niẓāmiyya. Il mourut cette année-là, fut d’abord inhumé dans sa demeure d’al-Karkh, puis transféré à Bāb Ḥarb.
Ibn Khallikān dit de lui : « Il était le juriste des Irakiens, on le comparait au shaykh Abū Isḥāq ; Ibn aṣ-Ṣabbāgh était toutefois plus versé que lui dans le madhhab, et l’on se rendait auprès de lui. Il a rédigé “Ash-Shāmil fī al-Fiqh” et “Al-ʿUdda fī Uṣūl al-Fiqh”. Il occupa d’abord la chaire de la Niẓāmiyya, puis fut destitué après vingt jours et remplacé par le shaykh Abū Isḥāq. À la mort de ce dernier, la charge revint à Abū Saʿd al-Mutawallī, qui fut ensuite écarté au profit d’Ibn aṣ-Ṣabbāgh. Homme de confiance, autorité sûre et vertueux, il perdit la vue à la fin de sa vie – qu’Allāh lui fasse miséricorde. »