Il se mit donc en marche vers cette province, escorté des robes d’honneur, des grands tambours de guerre (1) et des troupes. Le sultan lui avait enjoint de l’arracher à Yazīd ibn Marwān, de faire prononcer la khuṭba en son propre nom et de faire frapper la monnaie à son effigie. Il persista jusqu’à la leur enlever entièrement, et leur règne prit fin par son action, comme on l’exposera plus loin.
Le vizirat du califat fut alors occupé par Abū l-Fatḥ al-Muẓaffar, fils du Raʾīs al-Ruʾasāʾ ; toutefois, il fut démis de ses fonctions au mois de Shaʿbān, et Abū Shujāʿ Muḥammad ibn al-Ḥusayn fut nommé à sa place et reçut le titre de Ẓahīr ad-Dīn.
Au mois de Jumādā al-Ūlā (2), Muʾayyid al-Mulk confia la chaire d’enseignement de la madrasa Niẓāmiyya à Abū Saʿīd ʿAbd ar-Raḥmān ibn al-Maʾmūn, à la suite du décès du shaykh Abū Isḥāq al-Shīrāzī – qu’Allāh lui fasse miséricorde.
Durant la même année, les habitants de Ḥarrān (3) se soulevèrent contre Sharaf ad-Dawla Muslim ibn Quraysh ; celui-ci assiégea la ville, s’en empara, en détruisit les remparts et fit crucifier son qāḍī, Ibn Jalaba (4), laissant son corps fixé au mur d’enceinte.
En Shawwāl, Abū l-Maḥāsin ibn Abī ar-Riḍā fut exécuté, pour avoir calomnié Niẓām al-Mulk auprès du sultan en disant : « Confie-les-moi et je t’en soutirerai un million de dinars. » Niẓām al-Mulk fit alors dresser un banquet somptueux, fit comparaître ses serviteurs – ils se comptaient par milliers – et déclara au sultan : « Tout cela provient de tes richesses ; quant aux madrasas et ribāṭs que j’ai consacrés en waqf, ils ne sont, ici-bas, qu’un témoignage de gratitude envers toi et, dans l’au-delà, une récompense pour toi. Quant à ma fortune et tout ce que je possède, ils sont devant toi ; pour ma part, je me contente d’une tunique rapiécée et d’un simple recoin. » Sur ces paroles, le sultan ordonna l’exécution d’Abū l-Maḥāsin, bien qu’il fût l’un de ses favoris et de ses proches (5). Il destitua également le père de ce dernier de la chancellerie de la ṭughrā et confia cette fonction à Muʾayyid al-Mulk, fils de Niẓām al-Mulk.
Cette année-là, le pèlerinage fut dirigé par l’émir turc Khatlug, détenteur de l’iqṭāʿ de Kūfa.
Parmi les personnalités décédées durant la même année figure le shaykh Abū Isḥāq al-Shīrāzī (6), Ibrāhīm ibn ʿAlī al-Shīrāzī al-Fayrūzābādī, Fayrūzābād étant, selon certains, un village de la province de Fārs ; d’autres affirment qu’il s’agit de la ville de Jūr (7).