Puis entra l’année quatre cent soixante et onze de l’Hégire.
Cette année-là, le sultan al-Malik al-Muẓaffar Tāj al-Mulūk (1) Tutush ibn Alp Arslān (2), le Seldjoukide, prit Damas et fit mettre à mort son souverain Iqsīs. En effet, celui-ci l’avait appelé à l’aide contre les Égyptiens, mais, lorsque Tutush arriva, il ne se déplaça pas pour l’accueillir; le sultan ordonna donc son exécution, et il fut tué sur-le-champ. Dans ses trésors on trouva un rubis rouge de dix-sept mithqāl, soixante perles dont chacune pesait plus d’un mithqāl, dix mille dīnār, deux cents selles d’or, et bien d’autres richesses. Ce Iqsīs n’était autre que Atsiz ibn Uq (3) al-Khwârazmî, surnommé al-Malik al-Muʿaẓẓam; il comptait parmi les meilleurs souverains, les plus remarquables dans leur conduite et les plus intègres de cœur. Il fit disparaître le rafḍ parmi les habitants du Šām, supprima dans l’appel à la prière la formule « ḥayya ʿalā khayri l-ʿamal » et ordonna que l’on invoque la satisfaction divine pour tous les Compagnons, qu’Allāh les agrée. À Damas, il édifia la citadelle qui demeure le bastion de l’Islam dans la Syrie protégée. Qu’Allāh lui fasse miséricorde, qu’Il abreuve sa tombe de Sa grâce et qu’Il fasse du Jardin du Firdaws son séjour.
Au cours de la même année, le vizir Ibn Jahīr fut démis de ses fonctions sur l’indication de Niẓām al-Mulk, en raison de sa complaisance envers les shâfiʿites. Le calife al-Muqtaḍī écrivit ensuite à Niẓām al-Mulk pour solliciter son rétablissement; [son fils fut réintégré et lui-même élargi] (4).
Cette année encore, Saʿd ad-Dawla [Jawhar] (5) arriva à Bagdad en qualité d’émir; il fit battre les tambours devant sa porte aux heures de la prière, manqua de respect envers le calife et installa les écuries devant la porte d’al-Firdaws. On écrivit alors au sultan à son sujet, et la réponse du souverain parvint, le blâmant sévèrement. Cette même année, le pèlerinage fut conduit par Khutlugh le Turc, détenteur de l’iqṭāʿ de Koufa.
Parmi les éminentes personnalités disparues cette année-là figure Saʿd ibn ʿAlī ibn Muḥammad ibn ʿAlī ibn al-Ḥusayn, Abū al-Qāsim az-Zanjānī (6). Il parcourut les contrées, recueillit un grand nombre de ḥadiths, fut un imâm ḥāfiẓ, dévot et plein de piété. À la fin de sa vie, il se retira à La Mecque, et les fidèles cherchaient la bénédiction en embrassant sa main. [Ibn al-Jawzī rapporte : « Ils la baisaient plus encore qu’ils ne baisent la Pierre Noire. »] (7).