dans la madrasa Niẓâmiyya ; il se mit à vilipender les Ḥanbalites, les accusant de « tajsîm » (anthropomorphisme). Abû Saʿd al-Ṣûfî l’appuya, et le shaykh Abû Isḥâq ash-Shîrâzî pencha vers lui. Ils écrivirent à Niẓâm al-Mulk pour se plaindre des Ḥanbalites et solliciter son aide. Un groupe se rendit auprès du sharîf Abû Jaʿfar ibn Abî Mûsâ, chef des Ḥanbalites, alors qu’il se trouvait dans sa mosquée ; d’autres prirent sa défense et la discorde éclata.
[Les gens en vinrent aux mains à cause de cela ; un tailleur du Sûq at-Tabn fut tué et d’autres furent blessés.]
Le shaykh Abû Isḥâq et Abû Bakr ash-Shâshî écrivirent de nouveau à Niẓâm al-Mulk ; la réponse parvint à Fakhr ad-Dawla, blâmant ce qui s’était passé et répugnant
[qu’on attribuât]
à la madrasa qu’il avait fondée quoi que ce fût de semblable. Le shaykh Abû Isḥâq, courroucé par ces troubles, résolut de quitter Bagdad ; le calife lui dépêcha un messager
[pour l’apaiser],
puis réunit, en présence du vizir, Abû Isḥâq, le sharîf Abû Jaʿfar, Abû Saʿd al-Ṣûfî et Abû Naṣr ibn al-Qushayrî. Le vizir se tourna vers Abû Jaʿfar, l’exaltant par ses paroles et ses actes.
Le shaykh Abû Isḥâq se leva alors devant lui et dit : « Je suis celui que tu connaissais dans ma jeunesse ; voici mes ouvrages de uṣûl dans lesquels je m’oppose aux Ashʿarites. » Puis il lui baisa la tête.
Abû Jaʿfar lui répondit : « Tu dis vrai, mais lorsque tu étais pauvre, ce que tu recelais ne nous apparaissait pas ; puis vinrent les partisans, le pouvoir, et Khwâja Buzurg – c’est-à-dire Niẓâm al-Mulk – ;
[et, rassasié],
tu as dévoilé ce qui était caché
[en toi]. »
Le shaykh Abû Saʿd al-Ṣûfî se leva, baisa la tête du sharîf Abû Jaʿfar et chercha à le ménager. Celui-ci se tourna vers lui, irrité, et déclara : « Ô shaykh ! Les fuqahâʾ, lorsqu’ils traitent des
[questions]
de uṣûl, y ont leur part ; mais toi, homme de divertissement, d’audition et d’interprétation des rêves, qui donc t’a disputé
[parmi nous]
ton
[faux-savoir] ? »
Puis il ajouta : « Ô vizir ! Comment veux-tu nous réconcilier
[et comment la paix pourrait-elle se conclure entre nous] ? Nous tenons pour obligatoire ce que nous croyons, tandis qu’eux l’interdisent ou nous taxent de mécréance. Voici l’aïeul du calife al-Qâʾim bi-Amrillâh, al-Qâdir : l’un et l’autre ont proclamé leur credo devant tous
[au grand jour]
selon la doctrine d’Ahl as-Sunnah wa-l-Jamâʿah et des Salaf ; nous y adhérons, tout comme les gens du Khurâsân et de l’Irak, et cela a été lu publiquement dans tous les diwân. »
Le vizir informa le calife de ce qui s’était déroulé ; la réponse vint, remerciant l’assemblée, en particulier le sharîf Abû Jaʿfar. Par la suite,
[le calife convoqua Abû Jaʿfar]
à la Dâr al-Khilâfa afin de le saluer et de se bénir de ses invocations.
Ibn al-Jawzî rapporte : « En Dhû al-Qaʿdah
[de cette année],
les maladies se multiplièrent parmi les gens à Bagdad, Wâsit
[et dans le Sawâd],
et la nouvelle parvint que la Syrie était touchée de même.
Au cours de ce mois, les actes répréhensibles et les prostituées furent éliminés de Bagdad, et les débauchés s’enfuirent de la ville.
Cette année-là, Naṣr ibn Maḥmûd ibn Mirdâs prit le pouvoir à Alep après la mort de son père.
La même année, l’émir ʿAlî ibn Abî Manṣûr ibn Farâmarz (1) ibn ʿAlâʾ ad-Dawlah ibn Kâkûyah épousa la dame Arslân Khâtûn, fille de Dâwud et tante du sultan Alp Arslan ; elle avait été l’épouse du calife al-Qâʾim bi-Amrillâh.