Ce fut là un jour terrible, [un fléau d’une ampleur prodigieuse] ; d’immenses richesses furent perdues, et une foule considérable périt ensevelie sous les décombres, tant parmi les habitants de Bagdad que des campagnes. Le torrent charriait à sa surface quantité de poutres, de bêtes sauvages et de serpents ; nombre de maisons s’effondrèrent sur les deux rives, et de nombreuses tombes furent englouties, notamment le cimetière de al-Khayzurân et celui de l’imâm Aḥmad ibn Ḥanbal. L’eau pénétra par les fenêtres du bîmâristân ʿAḍudî ; le flot venu de Mossoul ravagea quantité de biens, heurta la muraille de Sinjâr, la démolit et emporta son portail sur une distance de quatre parasanges (1).
Au mois de Dhû l-Ḥijja, un vent d’une violence extrême souffla sur Baṣra, y déracinant près de cinq (2) mille palmiers.
Parmi les notables décédés au cours de cette année figurent :
– Aḥmad ibn Muḥammad ibn Aḥmad (3), Abû l-Ḥusayn as-Simnânî, ashʿarî-hanafî. Ibn al-Jawzî dit à son propos : « Voilà qui est singulier. » Le qâḍî al-quḍât Abû ʿAbd Allâh ad-Dâmghânî épousa sa fille et le nomma son adjoint dans la magistrature. Il était digne de confiance, distingué, homme de prestance, et avait dépassé quatre-vingts ans.
– ʿAbd al-ʿAzîz ibn Aḥmad ibn ʿAlî ibn Sulaymân, Abû Muḥammad al-Kattânî (4), hâfiẓ damascain. Il entendit de nombreux récits, en écrivit abondamment, composa des ouvrages dans lesquels il excella et dont il fit profiter autrui. Il possède dans le domaine des vertus de nombreux récits singuliers ; une partie cependant de ce qu’il rapporte est apocryphe et il ne le signale pas, bien qu’il fût fiable, exact, mémorisateur, véridique, droit dans sa voie et sa croyance, partisan de la doctrine des Salaf. [Il dictait de mémoire], et le hâfiẓ Abû Bakr al-Khaṭîb écrivit de lui.
– Muḥammad ibn Ibrâhîm ibn ʿAlî ibn Ibrâhîm ibn Jaʿfar (5), Abû Bakr al-ʿAṭṭâr, hâfiẓ iṣfahânien, lecteur-scribe (mustamlî) d’Abû Nuʿaym. Il entendit un grand nombre de ḥadîths et dictait de mémoire ; al-Khaṭîb ne recueillit de lui qu’un seul récit. Il jouissait dans sa ville d’un grand prestige, était digne de confiance, noble et éminent. Il s’éteignit cette année — qu’Allâh, Exalté soit-Il, lui fasse miséricorde.