Décès du sultan Alp Arslan et accession de son fils Malik Shâh
Au début de cette année, le sultan s’était mis en marche à la tête de deux cent mille combattants pour entreprendre le jihâd contre les contrées d’outre-Oxus (Mâ warâ’a n-Nahr).
Il advint, dans l’un des relais de la campagne, qu’il s’emporta contre un certain Yûsuf al-Khwârazmî. On le fit comparaître devant lui ; le sultan se mit à le blâmer pour divers actes qu’il avait commis, puis ordonna que l’on fixe pour lui quatre pieux afin de le crucifier entre eux. Yûsuf dit alors au sultan : « Ô eunuque ! Un homme tel que moi serait-il mis à mort de la sorte ? » Le sultan, irrité, ordonna qu’on le libère, saisit un arc et tira une flèche qui le manqua. Yûsuf se précipita alors vers le souverain ; celui-ci, [par crainte], se leva de son trône, descendit, trébucha et tomba. Yûsuf le rejoignit et le frappa d’un poignard qu’il tenait, dans le flanc du roi. Les soldats l’atteignirent ensuite et le tuèrent, mais le sultan avait reçu une blessure grave ; il mourut le samedi 10 Rabîʿ al-Awwal de cette année.
On raconte que, lorsqu’il traversa Boukhârâ et que la plus grande partie de son armée pilla nombre de leurs biens, les habitants invoquèrent contre lui – et il périt.
À sa mort, on fit asseoir son fils Malik Shâh sur le trône, et les émirs se tinrent debout devant lui. Le vizir Nizâm al-Mulk lui dit : « Parle, ô sultan. » Il répondit : « Le plus grand d’entre vous est mon père ; l’intermédiaire, mon frère ; et le plus jeune, mon fils. Je me comporterai envers vous comme nul ne l’a fait avant moi. » Ils gardèrent le silence ; il répéta ses paroles, et ils répondirent : « Nous écoutons et nous obéissons. » Le vizir de son père, Nizâm al-Mulk, prit alors en charge les affaires de l’État ; il augmenta la solde des troupes de sept cent mille dinars. Ils se rendirent à Marw et y enterrèrent le sultan Alp Arslan ; un aperçu de sa biographie sera mentionné dans les notices nécrologiques.
Lorsque la nouvelle de son décès parvint à Bagdad, la population organisa des cérémonies funèbres, les marchés furent fermés, le calife manifesta une vive affliction, et sa fille, la Khâtûn, épouse du calife (1), revêtit les vêtements de deuil et s’assit à même la terre.
Au mois de Rajab, des lettres du sultan Malik Shâh parvinrent au calife ; il y exprimait son chagrin pour son père et sollicitait que la khuṭbah fût prononcée en son nom [en Irak]. Le calife accéda à sa demande. Malik Shâh décerna à Nizâm al-Mulk des robes d’honneur somptueuses et lui offrit de nombreux présents, dont vingt mille dinars. Il lui conféra le titre d’Atâbak [des armées], c’est-à-dire : « le grand émir, père et précepteur. » Le vizir se conduisit d’une manière exemplaire.
Quand Qârûn (2) Beg apprit la mort de son frère Alp Arslan, il enfourcha, à la tête de nombreuses troupes, avec l’intention de combattre son neveu Malik Shâh. Ils se rencontrèrent et livrèrent bataille ; les troupes de Qârûn furent mises en déroute, lui-même fut capturé. Son neveu le réprimanda, puis le fit emprisonner ; [il envoya ensuite quelqu’un qui le tua].
Cette même année, une grave sédition éclata entre les habitants d’al-Karkh, de Bâb al-Baṣrah et les Qallâ’în ; ils s’affrontèrent et nombre d’entre eux périrent.