Il recommanda alors à son lieutenant de bien traiter le calife et lui dit : « Ménage ce cheikh, car il est des nôtres. Puis, lorsque les royaumes d’Irak et du Khorassan leur seront fermement acquis, ils se tourneront d’un seul élan contre la Syrie et ses habitants ; ils la reprendront aux mains des musulmans et, prétendent-ils, la “libéreront”. » Or le Décret divin dit : « Par ta vie ! certes, dans leur ivresse ils errent à l’aveugle. »
Le sultan Alp Arslan l’affronta donc avec son armée – quelque vingt mille hommes – en un lieu nommé ar-Rahwa, le mercredi, cinq jours avant la fin de dhû l-qa‘da. Le sultan, impressionné par la multitude des troupes polythéistes, reçut le conseil du juriste Abû Naṣr Muḥammad b. ‘Abd al-Malik al-Bukhârî de fixer l’heure de l’engagement au vendredi, après le déclin du soleil, lorsque les prêcheurs invoqueraient pour les moudjahidîn. Lorsque ce moment arriva, que les deux camps se firent face et que les jeunes guerriers se rencontrèrent, le sultan mit pied à terre, se prosterna devant Allah, frotta son visage dans la poussière, L’invoqua et sollicita Son secours. Allah fit alors descendre Sa victoire sur les musulmans, leur livra les dos des idolâtres ; ceux-ci furent massacrés en un nombre incalculable, et leur roi Romanos fut capturé par un jeune esclave grec. Le sultan nomma ce dernier amîr et lui accorda de riches largesses ; or cet esclave avait été présenté auparavant, parmi d’autres offrandes, au vizir Niẓâm al-Mulk, qui l’avait refusé.
Le maître de l’esclave lui avait vanté ses mérites, mais Niẓâm l’avait renvoyé avec un air moqueur : « Peut-être nous amènera-t-il un jour le roi des Rûm, Romanos, captif ! » – et l’affaire advint exactement comme il l’avait dit ; louange et grâce à Allah. Lorsque Romanos fut amené devant le sultan Alp Arslan, celui-ci le frappa de trois petits coups de verge et lui dit :
– Si j’étais le prisonnier entre tes mains, que ferais-tu ?
– Tout ce qu’il y a de plus vil, répondit l’empereur.
– Et que penses-tu que je fasse ?
– Soit tu me tueras, soit tu me promèneras enchaîné dans ton pays, soit tu m’accorderas grâce contre rançon et me renverras.
– Je n’ai résolu que la grâce et la rançon, déclara le sultan.
Romanos se racheta donc pour un million cinq cents dinars, s’engagea à libérer tous les captifs musulmans des terres byzantines et à conclure une trêve de cinquante ans, moyennant le versement de mille dinars par jour.
Il se tint debout devant le sultan, qui lui fit servir une boisson ; il baisa la terre devant lui et en direction du calife, par déférence et honneur. Le sultan lui remit dix mille dinars pour son équipement, libéra plusieurs patriciens de ses compagnons, l’accompagna d’un farsakh et dépêcha auprès de lui une escorte militaire chargée de le servir, de le protéger et de le conduire jusqu’à son pays, portant une bannière sur laquelle était inscrit : « Lâ ilâha illâ Allâh, Muḥammad rasûl Allâh. »
Arrivé chez lui, Romanos constata que les Byzantins avaient déjà placé un autre souverain sur le trône. Il envoya donc des excuses au sultan, assorties d’or et de joyaux pour près de trois cent mille dinars, adopta un mode de vie ascétique, se vêtit de laine, puis invita le roi d’Arménie, le fit arrêter et lui creva les yeux ; il en informa le sultan, cherchant par là à se concilier ses faveurs.
Durant la même année, le seigneur d’Alep, Maḥmûd b. Ṣâliḥ b. Mirdâs, fit prononcer la khuṭbah au nom d’al-Qâ’im bi-Amrillâh et conjointement pour le sultan Alp Arslan ; le calife lui envoya, par l’entremise du sharîf Ṭirâd az-Zaynabî, les robes d’honneur, [les cadeaux et présents] ainsi que l’acte d’investiture.
La même année encore, le pèlerinage fut dirigé pour les fidèles par Nûr al-Hudâ Abû l-Ghanâ’im al-‘Alawî, et la khuṭbah fut récitée à La Mecque au nom du calife al-Qâ’im bi-Amrillâh, et elle fut interrompue