Au cours de cette année :
– Les Ḥanbalites s’en prirent au shaykh Abû al-Wafâ’ Ibn ʿAqîl – l’un de leurs notables – parce qu’il se rendait fréquemment auprès d’Abû ʿAlî Ibn al-Walîd, théologien muʿtazilite ; ils l’accusèrent d’adhérer à l’iʿtizâl. Il ne fait pourtant aucun doute qu’il ne le fréquentait que pour connaître à fond sa doctrine ; mais l’emportement des passions le saisit d’un étouffement — suffocation qui faillit emporter son âme — si bien qu’il conserva de cette fréquentation une certaine inclination. Il en résulta une longue querelle entre lui et eux, qui causa du tort à plusieurs d’entre eux. La discorde ne s’apaisa qu’en l’an soixante-cinq, lorsqu’ils se réconcilièrent après d’âpres débats.
– Le Tigre monta de plus de vingt-et-une coudées, au point que l’eau pénétra dans le sanctuaire d’Abû Ḥanîfa ainsi que dans le Mashhad an-Nudhûr (1).
– On rapporta encore qu’al-Afshîn avait envahi le territoire byzantin jusqu’à ʿAmmûriyya (2), où il tua une multitude de gens et s’appropria de grands butins.
– Une remarquable baisse des prix frappa Koufa : l’on y vendit quarante ratls de poisson pour une seule ḥabba. Cette année-là, le pèlerinage fut conduit par Abû al-Ghanâ’im al-ʿAlawî.
Parmi les personnalités décédées durant la même année :
Abû al-Qâsim ʿAbd ar-Raḥmân ibn Muḥammad ibn Aḥmad ibn Furân, al-Fūrânî (3), originaire de Marw ; l’un des grands imams shâfiʿites, auteur d’al-Ibânah, ouvrage où se trouvent des transmissions, opinions et positions rares, introuvables ailleurs. Expert en uṣûl comme en furûʿ, il apprit la jurisprudence auprès d’Abû Bakr al-Qaffâl. L’Imâm al-Ḥaramayn assista à ses cours dans sa jeunesse, mais al-Fūrânî ne lui accorda pas d’attention, ce qui laissa en lui du ressentiment ; aussi le corrige-t-il fréquemment dans son œuvre al-Nihâyah.
Le qâḍî Ibn Khallikân dit : « Chaque fois que, dans al-Nihâyah, il écrit : « Un des auteurs a dit… » avant de commencer sa réfutation, il vise al-Fūrânî. »
Al-Fūrânî mourut à Marw, durant le mois de Ramaḍân de cette année, à l’âge de soixante-treize ans. Son élève Abû Saʿd ʿAbd ar-Raḥmân ibn Muḥammad ibn al-Ma’mûn al-Muqriʾ — professeur à la Niẓâmiyya après le shaykh Abû Isḥâq, avant Ibn aṣ-Ṣabbâgh puis de nouveau après lui — rédigea sur al-Ibânah un ouvrage intitulé Tatimmat al-Ibânah, qu’il mena jusqu’au livre des Hudûd avant de mourir. Asʿad al-ʿIjlî et d’autres le complétèrent sans atteindre son niveau, et l’intitulèrent Tatimmat at-Tatimmat. Qu’Allah leur fasse miséricorde.