Puis débuta l’année quatre cent soixante-et-un de l’Hégire.
Dans la nuit de la mi-Shaʿbân, un incendie se déclara dans la Grande Mosquée de Damas. Sa cause fut la querelle qui éclata entre les pages fatimides et abbassides : l’un d’eux jeta du feu dans la Dâr al-Mulk, dite « al-Khaḍrâ’ », attenante à la mosquée du côté de la qibla. Le palais s’embrasa et les flammes se propagèrent au sanctuaire ; ses toitures s’effondrèrent, les tesselles dorées qui revêtaient ses murs volèrent en éclats, les mosaïques qui tapissaient son sol et ses parois furent arrachées, ses traits et ses charmes changèrent, et sa splendeur s’inversa.
Auparavant, tous ses plafonds étaient plaqués d’or et doublés, surmontés de combles ; ses murs, incrustés de tesselles dorées et polychromes, représentaient l’ensemble des contrées du monde, si bien que quiconque désirait contempler une région ou une ville la trouvait figurée dans la mosquée telle qu’elle est, sans avoir à voyager ni à se donner de peine : la Kaʿba et La Mecque apparaissaient dans le miḥrâb ; toutes les terres, d’Orient et d’Occident, chaque province à la place qui lui convenait. Y étaient également figurés tous les arbres, fructifères ou non, dessinés dans leurs pays et patries. Des rideaux pendaient aux portes ouvrant sur la cour et, à la base des murs jusqu’au tiers de leur hauteur, d’autres tentures s’étendaient, le reste des parois étant couvert de tesselles polychromes. L’ensemble du sol était pavé de tesselles, de marbre et de mosaïque, sans la moindre dalle de terre cuite. Nul édifice au monde n’était plus beau que lui : ni les palais royaux, ni les demeures des califes, à plus forte raison les autres constructions.
Lorsque survint l’[incendie], cet état de perfection se transforma en son contraire : le sol devint boue en hiver, poussière en été, creusé de trous et de fosses. Il demeura ainsi jusqu’à ce qu’on le pavât de nouveau sous le règne de l’ʿĀdil Abû Bakr ibn Ayyûb, après l’an six cents de l’Hégire. Tout le marbre, les pièces de bois et les [tesselles] tombés furent déposés dans les quatre mausolées, à l’est et à l’ouest, jusqu’à ce que le qâḍî Kamâl ad-Dîn ibn al-Shahrazûrî les en retirât, à l’époque de l’al-Malik al-ʿĀdil Nûr ad-Dîn Maḥmûd ibn Zankî, lorsqu’il fut chargé de sa surveillance ainsi que du tribunal, des waqfs, de la Monnaie et d’autres affaires. Les souverains ne cessèrent de restaurer ses embellissements jusqu’à notre époque ; son état s’approcha de ce qu’il était sous l’émir Sayf ad-Dîn Tankiz ibn ʿAbd Allâh an-Nāṣirî, gouverneur de la Syrie — qu’Allâh, Exalté soit-Il, le récompense.
Le shaykh Abû al-Faraj ibn al-Jawzî a daté cet incendie dans al-Muntaẓam (1) de l’année 458 ; Ibn as-Sâʿî l’a suivi dans son Târîkh (2). Or, l’avis correct est qu’il eut lieu cette année-ci, comme Ibn as-Sâʿî l’a également mentionné pour la présente année, de même que notre shaykh, le ḥâfiẓ Abû ʿAbd Allâh adh-Dhahabî, l’historien de l’Islam, dans son Târîkh (3) et d’autres encore. Et Allah est plus Savant.