le sol se pressait en vagues, tandis que le calife se tenait à la fenêtre, et le vizir s’écriait :
« Ô Commandeur des croyants, prends pitié de ma vieillesse, de mon exil, de mes fils et de ma famille ! »
Il fut rétabli dans la vizirat, l’année suivante, par l’intercession de Dubays ibn Mazīd. Les poètes le célébrèrent, et la population se réjouit de son retour ; le jour où il fit son entrée à Bagdad fut mémorable par l’affluence de la foule et ses pleurs de joie.
[Parmi les notables décédés cette année]
– ʿAbd al-Malik ibn Muḥammad ibn Yūsuf (1), Abū Manṣūr, surnommé le Shaykh [al-Ajal].
Il fut sans égal en son temps pour ordonner le bien et interdire le mal, devançant toute bonne action, prodiguant ses bienfaits aux gens de la Sunna, d’une grande fermeté contre les sectateurs de l’innovation qu’il réprimait. Il veillait à secourir discrètement les indigents respectables, distribuait l’aumône aux nécessiteux et s’efforçait de dissimuler ses œuvres autant qu’il le pouvait. Fait singulier : chaque année, il allouait dix dinars à un homme, au moyen d’un écrit adressé à un certain Ibn Riḍwān. À la mort du shaykh, cet homme se rendit chez Ibn Riḍwān pour réclamer ce qu’on lui versait. Celui-ci répondit : « Celui qui rédigeait pour toi ces ordres est mort ; je ne puis plus rien te donner. » L’homme se rendit alors sur la tombe du Shaykh al-Ajal, récita quelques versets du Coran et implora la miséricorde pour lui ; en se retournant, il aperçut une feuille de papier contenant dix dinars (2). Il les prit, revint chez Ibn Riḍwān et lui conta l’affaire. Ibn Riḍwān lui dit : « Ô mon frère, cette somme est tombée aujourd’hui de ma bourse ; prends-la, et je m’engage à t’en donner l’équivalent chaque année. » Le shaykh mourut à la mi-muḥarram de cette année, à l’âge de soixante-cinq ans ; l’assistance à ses funérailles fut innombrable, seul Allah – Exalté soit-Il – en connaît le nombre. Qu’Allah lui fasse miséricorde et honore son séjour.
– Abū Jaʿfar Muḥammad ibn al-Ḥasan al-Ṭūsī (3), juriste des chiites.
Il s’éteignit cette année et fut inhumé au Mashhad ʿAlī. Il y résidait depuis l’incendie de sa maison d’al-Karkh, en 448, ainsi que de sa bibliothèque, et y demeura jusqu’au muḥarram de cette année, où il mourut et fut enterré sur place.
– Khadīja bint Muḥammad ibn ʿAlī ibn ʿAbd Allāh (4), la prédicatrice connue sous le nom de « al-Shāhjāniyya ».
Née en 374 H, elle fut ensevelie auprès d’Ibn Samʿūn (5).