L’an 459 de l’Hégire
a) Au cours de cette année, Abû Saʿd al-Mustawfî, surnommé « Sharaf al-Mulk », fit ériger à Bagdad le mashhad (sanctuaire) de l’Imâm Abû Ḥanîfa an-Nuʿmân ; il le coiffa d’une coupole, bâtit en regard une madrasa et y installa professeurs et fuqahâ’. Abû Jaʿfar ibn al-Biyâdî s’y rendit en visite auprès d’Abû Ḥanîfa et improvisa ces vers :
Ne vois-tu pas ? Le savoir était dispersée, abandonnée,
Celui qui gît sous ce tertre l’a toute rassemblée.
Ainsi cette terre gisait, sans vie, sans lendemain ;
La largesse d’Abû Saʿd l’a rendue verdoyante soudain.
b) En Shaʿbân, un vent brûlant se leva ; il causa la mort d’un grand nombre d’hommes et de bêtes à Bagdad et détruisit des citronniers et des cédrats.
c) Cette même année, le tombeau de Maʿrûf al-Karkhî brûla. Le gardien, malade, faisait bouillir pour lui de l’eau d’orge ; le feu gagna le bois et le sanctuaire fut entièrement consumé.
d) On enregistra une cherté et une mortalité considérables à Damas, Alep, Harrân et dans l’ensemble des contrées du Khorâsân. Les bêtes de somme périrent ; leurs têtes et leurs yeux enflaient, si bien qu’on attrapait les onagres à main nue, mais l’on répugnait à en manger la chair.
e) Ibn al-Jawzî rapporte dans « al-Muntaẓam » (1) : « Le samedi 10 Dhû l-Qaʿda, l’ʿAmîd Abû Saʿd (2), qâḍî, rassembla la population pour assister au cours de la Niẓâmiyya de Bagdad. Le shaykh Abû Isḥâq ash-Shîrâzî fut nommé pour l’enseignement et la direction de l’école. Lorsque l’assemblée fut complète et qu’Abû Isḥâq s’avança pour enseigner, un jeune faqîh lui dit : “Mon maître, vous enseignez dans un lieu usurpé.” Abû Isḥâq refusa alors de poursuivre (3) et retourna chez lui. On installa le shaykh Abû Naṣr ibn aṣ-Ṣabbâgh, qui donna cours. Quand Niẓâm al-Mulk l’apprit, il se mit en colère contre l’ʿAmîd, fit appeler le shaykh Abû Isḥâq et le rétablit à la chaire de la Niẓâmiyya en Dhû l-Ḥijja de la même année. Dès lors, il ne célébrait pas la prière obligatoire dans l’école ; il sortait dans une autre mosquée pour l’accomplir, en raison de ce qui avait été dit sur l’usurpation d’une partie du terrain. Ibn aṣ-Ṣabbâgh avait enseigné durant vingt jours, puis le shaykh Abû Isḥâq reprit sa place.
f) Au mois de Dhû l-Qaʿda de cette année, al-Ṣulayḥî, émir du Yémen et seigneur de La Mecque, fut tué par l’un des émirs du Yémen. On y prononça alors la khuṭba au nom d’al-Qâ’im bi-Amrillâh, calife ʿabbâside (4). Cette année-là, le ḥajj fut dirigé par Abû l-Ghanâ’im an-Naqîb.