Cette année-là :
Les prix baissèrent à Bagdad d’une manière sensible, et le Tigre connut un recul manifeste de son niveau.
La même année, le sultan Alp Arslân fit prêter serment d’allégeance à son fils pour la succession ; il marcha devant lui, tenant le vaste auvent royal, tandis que les émirs défilaient devant lui, revêtus des robes d’honneur. Ce fut un jour mémorable.
Au cours de cette année encore, Nûr al-Hudâ Abû Tâlib al-Ḥusayn ibn Niẓâm al-Ḥaḍratayn Abû al-Ḥasan Muḥammad al-Zaynabî conduisit le Ḥajj et élut domicile à La Mecque pour cette même année.
Parmi les notabilités décédées durant cette année :
– Le grand ḥâfiẓ Abû Bakr Aḥmad ibn al-Ḥusayn ibn ʿAlî ibn ʿAbd Allâh ibn Mûsâ al-Bayhaqî (1). Figure éminente des maîtres du ḥadîth, il est l’auteur d’ouvrages que les caravanes ont diffusés dans toutes les contrées. Né en 384 H, il fut, en son temps, sans égal pour la rigueur, la mémorisation et la rédaction ; juriste, traditionniste et spécialiste des fondements. Il étudia auprès de l’imâm al-Ḥâkim Abû ʿAbd Allâh an-Nîsâbûrî, et auprès d’autres il entendit un grand nombre de traditions. Il rassembla des matériaux d’un immense profit, sans précédent ni égal. Parmi ses œuvres : « as-Sunanu l-Kubrà », « Nuşûṣ ash-Shâfiʿî », tous deux en dix volumes ; « as-Sunanu wa l-Âthâr », « al-Madkhal », « al-Âdâb », « Shuʿabu l-Îmân », « al-Khilâfiyyât », « Dalâʾilu n-Nubuwwa » – ou « al-Baʿthu wa n-Nushûr » –, et bien d’autres traités, grands ou petits, utiles, auxquels nul ne saurait être comparé. Il menait une vie d’ascète, se contentant de peu, multipliant les actes d’adoration et la piété. Qu’Allâh lui fasse miséricorde ! Il mourut à Nîsâbûr ; son cercueil fut transporté à Bayhaq en Jumâdâ l-Ûlâ de cette année.
– Al-Ḥasan ibn Ghâlib ibn ʿAlî ibn Ghâlib ibn Manṣûr ibn Ṣaʿlûk, Abû ʿAlî at-Tamîmî, surnommé Ibn al-Mubârak, maître-lecteur du Coran (2). Il fréquenta Ibn Samʿûn et fit apprendre le Coran selon des variantes de lecture qui furent désavouées. On le mit à l’épreuve pour mensonge — délibéré ou par erreur — et il fut suspecté dans de nombreux récits. Abû l-Ḥasan al-Qazwînî (3) comptait parmi ceux qui le réprouvaient ; un procès-verbal fut dressé contre lui et il fut contraint de cesser d’enseigner les lectures réprouvées. Abû Muḥammad as-Samarkandî déclara : « C’était un menteur. » Il mourut cette année à l’âge de quatre-vingt-deux ans et fut inhumé auprès d’Ibrâhîm al-Ḥarbî.