Arslân ; il était un cousin germain de Ṭughrul-Beg. Il réunit, mobilisa et équipa des troupes considérables, si bien qu’Alp Arslân en prit peur.
Le vizir lui dit :
— Ô Roi, ne craignez rien ; j’ai recruté pour vous une armée nocturne [qui n’a jamais affronté une troupe sans la briser, quelle qu’elle fût].
Le roi demanda :
— Qui sont-ils ?
Il répondit :
— [Une armée] qui invoque pour vous et vous vient en aide par la direction de ses prières et ses retraites spirituelles ; ce sont les savants, [les pauvres] et les vertueux.
Le roi retrouva alors la sérénité. Lorsqu’il affronta Qutlumush, il ne tarda pas à le vaincre, tua un grand nombre de ses soldats, et Qutlumush périt dans le combat ; l’unanimité se fit dès lors autour d’Alp Arslân.
Au cours de la même année, il dépêcha son fils Malik Shâh, accompagné de son vizir Niẓâm al-Mulk, à la tête d’une vaste armée vers le pays des Karadj (1). Ils ouvrirent nombre de forteresses, s’emparèrent d’un butin des plus abondants, et les musulmans se réjouirent de cette victoire. Il fit contracter le mariage de son fils avec la fille du Grand Khân, souverain d’Outre-le-Fleuve ; elle lui fut conduite en grande pompe. Il maria également son fils à la fille du maître de Ghazna, unissant ainsi les deux maisons, seldjouqide et maḥmoudide.
La même année encore, Alp Arslân autorisa la noble dame, fille du calife, à regagner Bagdad ; il lui adjoignit quelques juges et émirs. Elle entra dans Bagdad avec un éclatant apparat ; la population sortit pour la voir. Elle pénétra de nuit dans la ville, au milieu d’un cortège imposant ; le calife et toute sa famille s’en réjouirent, et le calife ordonna que l’on invoque, du haut des chaires, en faveur du roi Alp Arslân durant les prônes.
On formula ainsi l’invocation :
« Ô Allah, réforme le sultan magnifié, Soutien de l’État et Couronne de la Communauté, Arslân Abû Shujâʿ Muḥammad ibn Dâwûd. »
Le calife tint alors une audience publique et reçut l’allégeance du peuple au nom du roi Alp Arslân. Il lui envoya les robes d’honneur et le diplôme d’investiture par l’entremise du sharîf, naqîb des ʿAbbâsides, Ṭirâd ibn Muḥammad az-Zaynabî, d’Abû Muḥammad at-Tamîmî et de Muwaffaq le chambellan.
Le vizir Niẓâm al-Mulk reçut le titre de « Qiwâm ad-Dîn wa ad-Dawla, agrément du Commandeur des croyants », alors qu’auparavant on l’appelait « Khawâja Buzurg ». Le roi Alp Arslân expédia de splendides présents et des cadeaux précieux, et son autorité s’affermit sur Bagdad et l’ensemble des contrées d’Irak.
Ibn al-Jawzî (2) rapporte : « Au mois de Rabîʿ al-Awwal, on colporta à Bagdad qu’un groupe de Kurdes était allé chasser. Ils aperçurent, dans la steppe, des tentes noires d’où s’élevaient de violents coups de poitrine et de nombreux gémissements ; ils entendirent une voix proclamer : “Saydûk (3), roi des djinns, est mort. Tout pays où l’on ne battra pas la poitrine pour lui et où l’on ne tiendra pas de deuil sera déraciné et ses habitants anéantis.”
« Les femmes débauchées des harems de Bagdad sortirent alors vers les cimetières : trois jours durant, elles se frappèrent la poitrine, déchirèrent leurs vêtements et laissèrent flotter leurs cheveux ; des hommes parmi les vauriens firent de même. On agit ainsi à Wâsiṭ, au Khûzistân et dans d’autres contrées encore. C’était, dit-il, une absurdité dont on ne connaît pas d’autre exemple. »