la direction de son frère Sulaymân, c’est-à-dire le sultan ʿAḍud ad-Dawla Alp Arslân Muḥammad ibn Dâwûd ; l’armée, en effet, se prononçait pour lui et ne cessait de lui manifester son attachement. Les habitants de la région du Jabal avaient déjà fait proclamer la khuṭba (prière du vendredi) en son nom, et il avait à ses côtés Niẓâm al-Mulk Abû ʿAlî al-Ḥasan ibn ʿAlî ibn Isḥâq, son vizir. Quand le vizir al-Kundurî prit la mesure de sa puissance, il fit également prononcer la khuṭba pour lui à Rayy, puis, par la suite, pour son frère Sulaymân ibn Dâwûd.
Le roi Ṭughrul-Beg était un homme intelligent et clément, d’une grande patience, d’un secret impénétrable. Il veillait scrupuleusement aux prières, jeûnait régulièrement les lundis et jeudis, et ne cessait de porter le vêtement blanc. Lorsqu’il mourut, il avait soixante-dix ans et ne laissa aucun enfant. La durée de son règne, sous le calife al-Qâʾim bi-Amr Allâh, fut de sept ans, onze mois et douze jours.
À sa mort, la situation se désorganisa profondément ; le désordre s’étendit, et les Bédouins ravagèrent le Sawâd de Bagdad et les territoires d’Irak : ils pillèrent les biens, dépouillèrent les hommes, et il devint presque impossible de cultiver la terre sans courir de grands risques. La population en fut vivement alarmée.
Au cours de cette même année, une violente secousse sismique frappa Wâsiṭ et la région du Shâm ; une portion du rempart de Tripoli s’écroula.
Cette année encore, la mortalité due à la petite-vérole et à des morts subites fit des ravages ; en Égypte, une épidémie d’une extrême virulence provoquait chaque jour l’enterrement d’un millier de personnes.
Cette année-là également, le Sulayhî, souverain du Yémen, s’empara de La Mecque, y fit convoyer des vivres et se montra bienfaisant envers ses habitants.
Au début de l’année, la dame Arslân Khâtûn, épouse du calife, demanda à quitter le palais pour rejoindre son oncle ; le calife l’avait en effet totalement délaissée, et elle n’avait plus aucune considération à la cour. Le calife la confia donc au vizir al-Kundurî, lequel la fit parvenir jusqu’à son oncle. Or celui-ci, accablé par la maladie et cloué au lit, adressa au calife des reproches sur le manque d’égards dont il avait fait preuve à l’égard de sa nièce. Le calife répondit aussitôt, improvisant ces vers :
Ma force a fui, l’amour s’éveille à peine, A
Retrouver ma jeunesse est chose vaine ; A
Les nuits ont rongé l’éclat de mes jours, B
Et jours et nuits déclinent à leur tour. B
Adieu donc, souvenirs de ma jeunesse, C
Adieu, belles amantes, que la paix vous bénisse ! C
Parmi les notables décédés cette année-là :
– Zuhayr ibn al-Ḥasan ibn ʿAlî (1) ibn Khaddâm, Abû Naṣr al-Khaddâmî (2). Il se rendit à Bagdad, où il étudia le fiqh auprès du shaykh Abû Ḥâmid al-Isfarâʾînî ; à Baṣra, il entendit la lecture des « Sunan Abî Dâwûd » par le qâḍî Abû ʿUmar. Il transmit un grand nombre de traditions et l’on se référait à lui pour les avis juridiques et la résolution des difficultés. Il mourut cette année-là à Sarakhs.