• La composition poétique :
Il ne fait aucun doute que le style d’Ibn Kathîr était avant tout celui d’un exégète, spécialiste du hadith et juriste, et non celui d’un poète ou d’un littérateur. Il est probable qu’il composait très peu de poésie, car il considérait que s’adonner à cette activité nécessitait le repentir et le pardon.
En effet, il a rapporté un poème de son père dont l’ouverture est :
« Le sommeil m’a fui, je suis resté éveillé… Compagnon d’une passion, lié à la passion amoureuse et tourmenté,
Contemplateur de la Pléiade et des astres, éperdu… À force d’ardeur, j’imaginais ces étoiles immobiles. »
Puis il ajouta :
« Je l’ai compté, il comprend vingt-trois vers. Qu’Allah lui pardonne ce qu’il a fait en poésie. »
On trouve confirmation de cette réserve dans les écrits de ceux qui ont rédigé sa biographie :
Ibn Hajar déclare dans “Al-Inâh” (1/46) : « Il compose des vers d’un niveau moyen. » Ibn al-‘Imâd suit cet avis dans “Ash-Shadharât” (8/397).
Parmi les vers de sagesse qui lui sont attribués :
« Les jours passent les uns après les autres, pourtant… nous sommes menés vers la mort, les yeux ouverts
Il ne reviendra plus, ce temps de jeunesse révolu… et ne s’en ira pas cette vieillesse entachée. »
Ibn Hajar remarque dans “Al-Inâh” (1/47), à propos du second vers :
« S’il avait dit “la pureté de la jeunesse”, cela aurait été plus plaisant. »
Ibn Kathîr composa également un poème rapporté dans “Al-Bidâyah wa an-Nihâyah” (13/210), où il poursuit l’énumération des califes abbassides après al-Musta‘ṣim billâh. Il s’agit d’un poème en rajaz, dont on cite :
« Puis Dieu l’éprouva par les Tatars… adeptes de Gengis Khân, ce tyran
Accompagné du fils de son fils, Houlagou… aucune issue ne se présenta à lui
Ils dispersèrent ses armées et ses rangs… et le tuèrent, lui ainsi que sa famille
Ils dévastèrent Baghdâd et ses territoires… répandant la mort chez petits-enfants et aïeuls. »
Il accorda son agrément à l’un d’entre eux en disant :
« Je leur ai consenti ce qu’on m’a demandé selon la règle… et son scribe est Ismâ‘îl Ibn Kathîr. »
Il jugea, avec la réflexion d’un spécialiste de la jurisprudence plutôt qu’avec le sens esthétique d’un littérateur, la longue ode (88 vers) d’Abû al-‘Abbâs an-Nâshî comme étant une pièce éloquente, alors qu’il s’agit essentiellement d’une œuvre scientifique dépourvue d’émotion ou de dimension sensible. Dans ce poème, son auteur y retrace la filiation prophétique au moyen de vers mesurés, afin de faciliter la mémorisation et l’apprentissage (1).