Le Calife remit au roi un sabre qu’il tenait encore en sa possession, dernier attribut du califat qui lui restait. Le roi demanda ensuite la permission d’autoriser le reste de l’armée à servir le Calife ; on écarta donc les tentures qui entouraient le pavillon(1). Lorsque les Turcs aperçurent le Calife, ils baisèrent la terre.
Le Calife fit son entrée à Bagdad le lundi, cinq jours avant la fin de Dhû al-Qaʿda ; ce fut une journée mémorable. Toute l’armée l’accompagnait, tandis que les juges et les notables marchaient devant lui ; le roi Ṭughrulbeg tenait la bride de sa mule jusqu’à la porte de l’appartement privé. Une fois parvenu à la Dâr al-Mulk, siège de son califat, le sultan Ṭughrulbeg sollicita la permission de se lancer à la poursuite d’al-Basâsîrî. Le Calife la lui accorda, bien qu’il eût décidé de partir avec lui. Ṭughrulbeg déclara alors : « Ô Amîr des Croyants, si Allah – Très-Haut – le veut, je m’en chargerai pour toi. »
Le roi octroya à Mahârish dix mille dinars, mais celui-ci n’en fut pas satisfait. Le Sultan s’employa aussitôt à organiser les armées pour marcher contre al-Basâsîrî : il expédia une troupe du côté de Kūfa afin de l’empêcher de gagner la Syrie, puis sortit lui-même, le vingt-neuvième du mois, avec le reste des troupes.
Al-Basâsîrî, pour sa part, demeurait à Wâsit, amassant céréales et dattes pour combattre les habitants de Bagdad et les Ghuzz(2) qui s’y trouvaient. À ses yeux, le roi Ṭughrulbeg et ses hommes ne constituaient nul danger. Mais telle était la volonté d’Allah, Exalté soit-Il, de le faire périr par la main du roi Ṭughrulbeg – qu’Allah le récompense du meilleur pour l’Islam. Âmîn.
Description de la capture d’al-Basâsîrî – qu’Allah le défigure(3)
Lorsque le Sultan marcha contre lui, l’avant-garde arriva à sa rencontre : ils le trouvèrent dans la plaine de Wâsit, accompagné d’Ibn Mazīd. Le combat s’engagea ; ses troupes prirent la fuite, et al-Basâsîrî s’enfuit à cheval. L’un des [jeunes gens] le poursuivit, décocha une flèche qui abattit sa monture ; il s’approcha, le frappa au visage sans le reconnaître.
Un certain Kumushtikîn(4) le captura, lui trancha la tête et l’apporta au Sultan. Les Turcs pillèrent parmi l’armée d’al-Basâsîrî une telle quantité de biens qu’ils ne purent tout emporter. Lorsque la tête parvint au Sultan, celui-ci ordonna qu’on l’acheminât à Bagdad, qu’on la hissât au sommet d’une pique et qu’on la promenât dans les quartiers, accompagnée de tambours, de trompettes et de lanceurs de naphte ; il prescrivit que la population, hommes et femmes, sorte pour la voir. L’ordre fut exécuté, puis la tête fut dressée sur le pont d’al-Ṭayyâr, face à la Dâr al-Khilâfa. Louange et gratitude à Allah.
Nombre de Bagdadis avaient suivi al-Basâsîrî, pensant qu’il reviendrait victorieux et par amour pour lui ; ils périrent, tous leurs biens furent pillés, et seuls quelques-uns de ses compagnons en réchappèrent. Ibn Mazīd s’enfuit avec un petit groupe vers al-Baṭîḥa, parmi ceux