là où il le jugera bon. Nous lui confierons alors l’Irak, nous le nommerons notre lieutenant dans le service imamien, puis nous tournerons nos rênes vers les royaumes d’Orient ; notre ambition ne vise que cette obligation prescrite et ne convoite aucun de ces royaumes. Notre visée est, au contraire, religieuse. Que Sa puissance perdure ! Il est assuré de ce que nous avons exposé et sait que notre marche, à la suite de cette lettre, n’a d’autre but que celui-là.
Que donc les cœurs de ses tribus ne s’effraient point : ils sont tous nos frères, sous notre aile et dans notre pacte. Sur nous pèse, à leur égard, l’engagement et le pacte d’Allâh tant qu’ils demeureront, aux côtés de l’illustre émir, dans la fidélité à notre égard. Quiconque se rattache à lui – Arabes, non-Arabes ou Kurdes – jouit de la sécurité générale, inclus dans notre alliance et notre dhimma, de même que dans la sienne. À tout coupable résidant en Irak nous accordons notre pardon et notre sûreté pour ce qu’il a commis, à l’exception d’al-Basâsîrî : celui-là n’a chez nous ni pacte ni sécurité. Il est livré à Satan et à ses illusions, car il a commis, dans la religion d’Allâh, une faute énorme. Par la volonté d’Allâh, il sera saisi où qu’on le trouve et châtié pour ses actes ; il a attenté au sang d’un grand nombre de créatures, mu par la perversité de son for intérieur, et ses œuvres attestent la corruption de sa croyance.
Cette lettre fut écrite en Ramaḍân de l’an 451 H et transmise par deux émissaires issus des gens de science ; il envoya avec eux de magnifiques présents pour le Calife et leur ordonna de le servir en son nom. Qu’Allâh le récompense pour l’Islam du meilleur salaire !
Lorsque la lettre parvint à Qurayš b. Badrân, celui-ci s’enquit auprès des envoyés et d’autres encore des nouvelles du roi Ṭughrulbeg ; il apprit qu’il disposait d’immenses troupes. Il en éprouva une grande crainte, dépêcha des hommes vers la steppe afin qu’on y creusât des points d’eau et qu’on y acheminât de grandes quantités de fourrage.
Il transmit la lettre et ces nouvelles à al-Basâsîrî. Celui-ci – qu’Allâh le défigure – en fut bouleversé ; ses forces défaillirent, son autorité s’affaiblit. Il fit évacuer sa famille de Bagdad, aménagea de vastes camps à Wâsit et en fit sa résidence. Il consentit au retour du Calife à Bagdad, mais posa de nombreuses conditions pour sauver la face.
Lorsque les partisans d’al-Basâsîrî quittèrent Bagdad – accompagnés des habitants d’al-Karkh et des Râfidites, qu’Allâh Très-Haut les défigure – et descendirent le Tigre jusqu’à Wâsit, leur départ eut lieu le six Dhû al-Qaʿda de cette année, alors qu’à la même date de l’année précédente ils étaient entrés dans la ville.
À ce moment, les Hâshimites et les gens de la Sunna se soulevèrent, de Bâb al-Baṣra jusqu’à al-Karkh ; ils le pillèrent et incendièrent un très grand nombre de quartiers. Fut notamment détruite par le feu la Dâr al-ʿIlm qu’avait dotée le vizir Azdashîr soixante-dix ans auparavant, contenant une quantité considérable de livres. Parmi ce qui brûla encore figura le Darb al-Zaʿfarân, qui comptait mille deux cents maisons, chacune d’une valeur considérable.
Qurayš b. Badrân se rendit ensuite dans la région de Mossoul[1] et dépêcha un message à Ḥadîtha-ʿÂna pour son émir, Mahârish b. Majallî, à qui il avait confié le Calife :
« L’intérêt commande que tu me remettes le Calife, afin qu’au moyen de lui nous assurions notre propre sécurité ; ne le livre pas avant d’avoir obtenu pour nous une garantie et que tu tiennes ladite sûreté entre tes mains plutôt qu’entre les miennes. »
Mahârish refusa et dit : « Al-Basâsîrî m’a déjà dupé ; il m’a promis des choses que je n’ai jamais vues. Jamais je ne t’enverrai le Calife ; à son sujet, j’ai sur moi des serments solennels que je ne trahirai pas. »
Mahârish était un homme pieux, digne de confiance et loyal – qu’Allâh lui fasse miséricorde.