Le lundi — alors qu’il restait deux nuits de Dhû al-Ḥijjah — on fit comparaître devant lui le vizir Abû al-Qâsim ibn al-Maslama, surnommé « Raʾîs ar-Ruʾasâʾ ». Il était vêtu d’une tunique de laine, coiffé d’un bonnet conique en feutre rouge, et portait au cou un carcan de lanières de cuir évoquant des amulettes. On le fit monter sur un âne (1) et on le promena dans la ville ; derrière lui, quelqu’un le cinglait d’une lanière de cuir. Lorsqu’il traversa le quartier de Karkh, on lui jeta des savates usées, on lui cracha au visage et on le couvrit d’injures et de malédictions.
Arrivé devant la Dâr al-Khilâfah, et durant toute cette humiliation, il ne cessa de réciter la Parole d’Allah :
« Dis : « Ô Allah, Maître absolu de la royauté ! Tu donnes la royauté à qui Tu veux, Tu retires la royauté à qui Tu veux, Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux ; le bien est dans Ta main, certes Tu es capable de toute chose. » » (Âl ʿImrân, 26).
Lorsque la parade prit fin et qu’on le ramena au camp, on lui fit revêtir la peau d’un taureau encore munie de ses cornes ; on planta un crochet dans ses mâchoires et on le suspendit vivant à une potence. Il se débattit jusqu’à la fin du jour, puis il mourut — qu’Allah lui fasse miséricorde. Ses dernières paroles furent : « Louange à Allah qui m’a fait vivre heureux et m’a fait mourir martyr ! » (2).
Au cours de cette même année, une violente grêle s’abattit sur l’Irak : elle détruisit une grande partie des récoltes et tua plusieurs paysans. Le Tigre connut une crue exceptionnelle. En Shawwâl, un mois avant la sédition, Bagdad fut secouée par un violent tremblement de terre ; de nombreuses maisons s’effondrèrent. Les nouvelles rapportèrent que la secousse s’étendit de Bagdad à Hamadhân, Wâsit, ʿÂnah et Tikrît, et l’on raconta que les moulins cessèrent de tourner tant la secousse était forte.
La même année, les actes de pillage se multiplièrent à Bagdad ; les turbans étaient arrachés des têtes en plein jour. Le shaykh Abû Naṣr ibn aṣ-Ṣabbâgh se fit ainsi enlever son turban et son manteau alors qu’il se rendait à la prière du vendredi.
Vers la fin de l’année, le sultan Ṭughrul-Beg quitta Hamadhân, affronta son frère et l’emporta sur lui. Les gens s’en réjouirent grandement, mais dissimulèrent leur joie par crainte d’al-Basâsîrî. Ṭughrul-Beg sollicita l’aide des fils de son frère défunt Dâwûd, ainsi que des troupes qui étaient avec eux, contre son frère Ibrâhîm ; ils le défirent pour lui et le firent prisonnier — c’était au début de l’année cinquante-et-un. Ils se rallièrent alors à leur oncle Ṭughrul-Beg, qui se mit en marche vers l’Irak ; ce qui leur advint sera rapporté dans le récit de l’année suivante, si Allah — Très-Haut — le veut.
Parmi les notables décédés au cours de cette année figure al-Ḥusayn ibn Muḥammad Abû ʿAbd Allah al-Faraḍî, connu sous le nom d’al-Wannî (3).