al-Ahwâz, et Bagdad demeura sans aucun combattant. Le calife résolut alors de quitter Bagdad pour une autre ville – qu’il l’eût fait ! – mais l’amour de sa demeure et le désir de rester parmi les siens l’emportèrent.
Il s’attarda donc, dans l’insouciance et le confort. Lorsque la cité se trouva vide de soldats, on proclama à la population : « Que quiconque veut partir s’en aille où bon lui semble. » Les gens furent bouleversés ; hommes, femmes et enfants éclatèrent en pleurs. Beaucoup traversèrent vers la rive occidentale, et le passage en bac atteignit un ou deux dînârs, faute de pont.
Ibn al-Jawzî (1) rapporte : « Cette nuit-là, une dizaine de chouettes survolèrent la demeure du calife, réunies, poussant des cris stridents et inquiétants. »
On dit au Président des présidents : « Il est dans l’intérêt général que le calife quitte Bagdad, puisqu’il n’y reste plus de troupes. » Il refusa. On entreprit alors de recruter une partie des gens du commun, à qui l’on remit quantité d’armes tirées du Trésor de l’État.
Le dimanche 8 Dhû al-Qaʿdah de cette année, al-Basâsîrî entra dans Bagdad, escorté des étendards blancs d’Égypte ; à leur tête, des bannières où figurait le nom de l’Imâm al-Mustanṣir bi-Llâh Abû Tamîm Maʿadd, Commandeur des croyants. Les Râfidites du quartier de Kark sortirent à sa rencontre, se prosternèrent devant lui et le supplièrent de s’installer chez eux. Il pénétra donc dans Kark, puis se rendit au débarcadère d’az-Zawâyâ, où il campa.
La population était dans la détresse et une famine aiguë. Quraysh ibn Badrân s’établit, avec environ deux cents cavaliers, au débarcadère de Bâb al-Baṣra.
Al-Basâsîrî avait réuni les ʿayyârîn et leur avait fait miroiter le pillage du Palais califal. Les gens de Kark pillèrent les demeures des Sunnites à Bâb al-Baṣra ; la maison du grand qâḍî ad-Dâmghânî fut dévastée, la plupart des registres et actes judiciaires périrent et furent revendus aux parfumeurs ; les demeures des gens attachés au service du calife furent également pillées. Les Râfidites réintroduisirent, dans l’adhân, la formule ḥayya ʿalâ khayri l-ʿamal, proclamée dans toutes les mosquées de Bagdad aux prières du vendredi et aux autres offices.
Le khuṭbah fut prononcée au nom d’al-Mustanṣir l’ʿUbaydite, dit « le Fâṭimide », sur les chaires de Bagdad et d’ailleurs. On frappa monnaie à son nom, en or et en argent. Le Palais califal fut assiégé ; le vizir Abû al-Qâsim ibn al-Maslama, surnommé Raʾîs ar-Ruʾasâʾ, se battit avec acharnement à sa tête, accompagné des hommes qu’il avait levés, mais sans résultat.
Alors le calife monta à cheval, vêtu de noir, la burdah sur les épaules, la bannière au-dessus de la tête et l’épée nue à la main ; l’entourait un groupe de Hâchimites (2), tandis que les esclaves féminines, le visage découvert et la chevelure défaite, portaient des exemplaires du Coran au sommet des lances ; devant lui, les serviteurs brandissaient leurs glaives tirés du fourreau.
Le calife obtint ensuite un sauf-conduit de l’émir des Arabes, Quraysh ibn Badrân, pour lui-même, sa famille et son vizir Ibn al-Maslama. Celui-ci le mit à l’abri de tout cela et l’installa sous sa tente.
Al-Basâsîrî lui fit des reproches et déclara : « Tu sais l’accord conclu entre toi et moi : tu ne dois prendre aucune décision sans moi, pas plus que moi sans toi ; tout ce que nous conquerrons sera partagé entre toi et moi. »
Il fit venir Abû al-Qâsim ibn al-Maslama, le blâma d’un blâme infamant, le réprimanda avec dureté, puis le frappa cruellement et le retint captif, avili.
La populace pilla le Palais califal ; il est impossible de compter ce qui fut emporté en joyaux, objets précieux, brocarts, or, argent, vêtements, meubles, montures et autres richesses innombrables.