Al-Bidayah wa an-NihayahIbn Kathir

Abû l-ʿAlâʾ al-Maʿarrî at-Tanûkhî, poète réputé pour sa zandaqa, philologue, auteur de multiples dîwâns et ouvrages de poésie et de langue.

Il naquit un vendredi, au coucher du soleil, alors qu’il restait trois jours de Rabîʿ al-Awwal de l’année 363 de l’Hégire.

Atteint de la variole à l’âge de quatre – ou six, ou sept – ans, il perdit la vue. Il se mit à composer des vers lorsqu’il eut onze ou douze ans. Il entra à Bagdad en 399 H., y séjourna six ou sept mois, puis la quitta proscrit, en fuite, pour avoir récité des poèmes révélant la faiblesse de sa religion, de son savoir et de sa raison. Il s’agit de ses vers :
« Une main dont la diya est de cinq cents dinars d’or ;
pourquoi donc la tranche-t-on pour un quart de dinar ? (1)
Contradiction devant laquelle nous ne pouvons que garder le silence
et chercher protection auprès de notre Maître contre le Feu. » [Ceci relève de ses affabulations.]

Il entend par là : la main est indemnisée à hauteur de cinq cents dinars ; pourquoi la couper lorsqu’elle vole un quart de dinar ? Cela traduit la faiblesse de son intelligence et l’aveuglement de sa clairvoyance. En effet, lorsqu’elle subit une agression, il est approprié que sa compensation soit élevée, afin de dissuader les gens de toute transgression ; mais lorsqu’elle est elle-même coupable de vol, il convient que sa valeur – sa diya – soit réduite, pour la dissuader de s’emparer des biens et préserver les biens des gens. C’est pourquoi l’on a dit : « Elle était précieuse tant qu’elle était digne de confiance ; lorsqu’elle trahit, elle devint méprisable. » Lorsque les fuqahâʾ résolurent de le poursuivre pour ces propos, il s’enfuit, regagna son pays et se confina chez lui, n’en sortant plus.

[Un jour il se trouvait auprès du calife, lequel haïssait al-Mutanabbî et le rabaissait, alors qu’Abû l-ʿAlâʾ l’aimait, exaltait son rang et le louait. Le nom d’al-Mutanabbî fut évoqué dans l’assemblée ; le calife le dénigra. Abû l-ʿAlâʾ déclara : « Quand bien même al-Mutanabbî ne posséderait que le poème qui commence par :
Pour toi, demeures, dans les cœurs demeurent…,
cela lui suffirait. » Le calife se mit en colère, ordonna qu’on le traîne par le pied, face contre terre, et dit : « Otez-moi ce chien de devant les yeux ! » Puis il ajouta : « Savez-vous ce que ce chien a voulu sous-entendre en citant ce poème ? Il visait le vers d’al-Mutanabbî :
Et si l’opprobre me vient d’un être inférieur,
c’est la preuve que je suis parfait.
Al-Mutanabbî a certes des odes meilleures que celle-ci ; s’il l’a mentionnée, c’est uniquement pour ce vers. » Voilà qui témoigne de l’extrême sagacité du calife, qui le comprit aussitôt.]

Il passa quarante-cinq ans de sa vie sans manger ni viande, ni lait, ni œufs, ni aucune denrée animale, suivant en cela la voie des brahmanes parmi les philosophes. On rapporte qu’un moine, qu’il rencontra dans un ermitage où la nuit l’avait conduit, le fit douter de sa religion. Il se nourrissait alors de végétaux et d’autres aliments similaires ; son aliment principal était la lentille ; il se délectait de mélasse de raisin et de figues, et ne mangeait pas

(1) La seconde maison précède la première dans (B), ainsi que dans al-Luzūm (1/544).
أبو العلاء المعرّي التَّنُوخي، الشاعر المشهور بالزَّندقة، اللُّغوي، صاحب الدواوين والمصنّفات في الشّعر واللغة. ولد يوم الجمعة عند غروب الشمس لثلاث بقين من ربيع الأول سنة ثلاث وستين وثلاثمئة. وأصابه جدريٌّ، وله أربع أو ستّ أو سبع، فذهب بصره، وقال الشعر، وله إحدى عشرة أو اثنتا عشرة سنة، ودخل بغداد سنة تسع وتسعين وثلاثمئة، فأقام بها [ستة أو] سبعة أشهر، ثمّ خرج منها طريدًا منهزمًا، لأنّه قال شعرًا يدلّ على قلّة دينه، وعلمه، وعقله، وهو قوله: يدٌ بخَمس مِئينٍ عسْجدٍ وُديَتْ … ما بالُها قُطِعَتْ في رُبعِ دينار (١) تناقُضٌ ما لنا إلا السُّكوتُ لَهُ … وأن نَعُودَّ بمَولانا مِن النَّارِ [وهذا من إفكه] . يقول: اليد ديتها خمسمئة دينار، فمالكم تقطعونها إذا سَرَقت ربع دينار، وهذا من قلّة عقله وعَمى بصيرته، وذلك أنه إذا جُني عليها يناسب أن تكون ديتها كثيرة لينزجر الناس عن العدوان، وأمّا إذا جنت هي بالسرقة فيناسب أن تقلّ قيمتها [وديتها] لتنزجر عن أخذ الأموال، وتُصان أموال الناس، ولهذا قال بعضهم: كانت ثمينة لمّا كانت أمينة، فلما خانت هانت. ولما عزم الفقهاء على أخذه بهذا الكلام هرب ورجع إلى بلده، ولزم منزله، فكان لا يخرج منه. [وكان يومًا عند الخليفة، وكان الخليفة يكره المتنبِّي ويضع منه، وكان أبو العلاء يحب المتنبي ويرفع من قدره، ويمدحه، فجرى ذكر المتنبي في ذلك المجلس، فذمه الخليفة، فقال أبو العلاء: لو لم يكن للمتنبي إلا قصيدته التي أولها: لك يا منازل في القلوب منازل لكفاه ذلك. فغضب الخليفة، وأمر به فسحب برجله على وجهه، وقال: أخرجوا عني هذا الكلب. وقال الخليفة: أتدرون ما أراد هذا الكلب من هذه القصيدة؟ وذِكره لها؟ أراد قول المتنبي فيها: وإذا أتَتْكَ مذمتي من ناقص … فهي الدليل عليّ أني كامل وإلا فالمتنبي له قصائد أحسن من هذه، وإنما أراد هذا، وهذا من فرط ذكاء الخليفة حيث تنبّه لهذا]. ومكث خمسًا وأربعين سنة من عمره، لا يأكل لحمًا، ولا لبنًا، ولا بيضًا، ولا شيئًا من حيوان على طريقة البراهمة من الفلاسفة، ويقال: إن راهبًا اجتمع به في بعض الصوامع آواه اللّيل إليه، فشكّكه في دينه، وكان يتقوَّت بالنبات وغيره، وأكثر ما كان أكله العدس، ويتحلَّى بالدبس والتين، ولا يأكل
(١) تقدم البيت الثاني على الأول في (ب) وكذلك في اللزوم (١/ ٥٤٤).

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