portant sur lui quantité de dīnār, de dirham et de vêtements ; il disait : « Je veux un habit ! Je veux de quoi apaiser ma faim ! », mais cela même il ne le trouvait pas. Ils répandirent alors les boissons enivrantes, brisèrent les instruments de musique, se réconcilièrent, et se tinrent dans les mosquées pour la lecture du Coran et l’adoration. Rares furent les demeures où l’on conservait du vin sans que tous leurs habitants ne périssent.
On pénétra auprès d’un malade qui agonisait depuis sept jours ; il désigna de la main un endroit où l’on découvrit une jarre de vin ; on la vida et il expira aussitôt, sans souffrance. Un homme mourut dans une mosquée ; l’on trouva sur lui cinquante mille dirham [que l’on proposa aux gens], mais personne ne voulut les accepter ; on les laissa dans la mosquée neuf jours sans qu’aucun n’en veuille. [Par la suite], quatre hommes y entrèrent, les prirent, puis moururent sur-le-champ ; [pas un seul ne sortit vivant de la mosquée, ils périrent tous].
Le shaykh Abū Muḥammad ʿAbd al-Jabbār b. Muḥammad avait sous sa direction sept cents étudiants en jurisprudence ; il mourut, et tous moururent à leur tour, à l’exception de douze seulement.
Lorsque Dubays b. ʿAlī se réconcilia avec le roi Ṭughrul Beg, il regagna son pays et le trouva dévasté, tant ses habitants étaient peu nombreux [à cause de la peste]. Il dépêcha alors un messager vers certaines régions ; un groupe l’intercepta, le tua, le fit rôtir et le mangea.
Ibn al-Jawzī rapporte (1) : le mercredi, sept jours avant la fin de Jumādā al-Ākhirah, brûlèrent la Quṭīʿat ʿĪsā [le marché aux vivres, la synagogue, le quartier des fripiers, Bāb al-Shaʿīr, le souk des parfumeurs], le marché des futures mariées, celui des étoffes, des charpentiers, des bouchers, des marchands de dattes, la Quṭīʿah, le marché Muḥawwal, Nahr al-Dajāj, Suwayqat Ghālib, le marché des chaudronniers, celui des teinturiers, et bien d’autres endroits encore. Ce fut là un fléau supplémentaire, qui s’ajouta aux maux dont souffraient déjà les gens – [la faim], la cherté et l’extermination, [la faiblesse des hommes, si bien que le feu s’emporta et fit son œuvre ; innā li-Llâh wa-innā ilay-hi rājiʿūn].
Cette même année, les ʿayyārūn se multiplièrent à Bagdad ; ils dévalisèrent les gens au grand jour, forcèrent les maisons nuit et jour. La demeure d’Abū Jaʿfar al-Ṭūsī, théologien chiite, fut pillée ; ses livres et ses cahiers, qu’il utilisait pour sa bidʿah et au moyen desquels il appelait les membres de sa secte, furent brûlés.
La même année encore, le roi Ṭughrul Beg entra à Bagdad, y revenant de Mossoul ; il l’avait prise et récupérée des mains d’al-Basāsīrī, puis l’avait remise à son frère Ibrāhīm Ināl, qui y gouverna avec bienveillance, de façon louable tant au dehors qu’au dedans. Les émirs, les vizirs et les grands de l’État sortirent à sa rencontre jusqu’à mi-chemin ; le chef des chefs lui remit un habit d’honneur envoyé par le calife, une farjiyya (2) sertie de pierreries. Il l’endossa, baisa la terre, puis entra dans la Dār al-Khilāfah, monté sur un cheval des écuries califales. Lorsqu’il parvint auprès du calife, celui-ci était assis sur un trône long de sept coudées, la burdah [prophétique] posée sur l’épaule et le bâton en main. Il baisa la terre ; le calife le fit asseoir sur un trône placé au-dessous du sien, puis le calife dit au chef des chefs