De même, cette année-là, on prononça la khuṭba au nom des Égyptiens à Koufa, à Wâsiṭ et dans d’autres villes.
Le sultan Ṭughril Beg résolut alors de se rendre à Mossoul pour en découdre avec al-Basâsîrî ; le calife voulut l’en dissuader à cause de la pénurie générale et de la cherté des denrées, mais il n’y consentit pas. Il quitta donc la capitale avec une armée immense, se dirigeant vers Mossoul, accompagné d’éléphants et de mangonneaux. Son armée, tant elle était nombreuse, pillait les villages et s’en prenait parfois aux femmes ; le calife écrivit donc au sultan pour l’en détourner. Celui-ci s’excusa, prétextant la multitude des soldats qui l’entouraient.
Il advint qu’il vit en rêve le Messager d’Allâh ﷺ : il le salua, mais le Prophète se détourna de lui. [Il dit : « Ô Messager d’Allâh, pourquoi te détournes-tu de moi ? »] Le Prophète répondit : « Allâh t’a confié l’autorité sur les contrées ; pourquoi ne fais-tu pas preuve de douceur envers Ses créatures et ne crains-tu pas la majesté d’Allâh – Exalté soit-Il – ? » Réveillé en sursaut, il ordonna à son vizir de proclamer dans l’armée la justice et l’interdiction de toute oppression.
Lorsqu’il approcha de Mossoul, il conquit les territoires alentour, puis prit la ville elle-même et la remit à son frère Dâwûd. De là, il se dirigea vers le pays de Bakr (1), où il s’empara de nombreux lieux.
Cette même année, le pouvoir des « Voilés » (al-Mulaththamîn) apparut au Maghreb ; ils exaltèrent la religion, affirmèrent la parole de vérité et s’assurèrent la domination de vastes provinces, parmi lesquelles Sijilmâsa et ses dépendances, le Sous, où ils firent périr une multitude d’habitants. Le premier souverain des « Voilés » se nommait Abû Bakr ibn ʿUmar ; il demeura à Sijilmâsa jusqu’à sa mort, en l’an soixante-deux, comme il sera rapporté plus loin. Après lui, Abû Naṣr Yûsuf ibn Tâshfîn hérita du pouvoir, prit le titre d’Amîr al-Muʾminîn, affermit son autorité et vit son prestige s’élever au Maghreb.
Cette année encore, les dhimmîs furent contraints, à Bagdad, de porter l’habit distinctif, sur ordre du sultan Ṭughril Beg.
La même année, une concubine de Dhakhîrat ad-Dîn mit au monde, après le décès de celui-ci, un fils : Abû l-Qâsim ʿAbd Allâh al-Muqtadî bi-Amr Allâh.
Durant cette année, la cherté des denrées et la mortalité persistèrent [parmi la population] à Bagdad et ailleurs, tout comme l’année précédente – « Nous appartenons à Allâh et c’est à Lui que nous retournons » (2) – et nul habitant d’Irak n’accomplit le pèlerinage.
[Parmi les notables décédés cette année-là] : ʿAlî ibn Aḥmad (3) ibn ʿAlî ibn Sallak (4), Abû l-Ḥasan l’éducateur, connu