Il dit :
Un courrier parvint d’Égypte : trois voleurs avaient percé un mur pour s’introduire dans une maison ; on les trouva, à l’aube, morts tous les trois : l’un gisait à l’entrée de la brèche, le second en haut de l’escalier, et le troisième sur les ballots de vêtements qu’il s’apprêtait à emporter – mais la mort ne lui laissa point de répit.
Au cours de cette même année, le Raʾīs ar-Ruʾasāʾ ordonna de dresser des étendards noirs dans le quartier de Karkh ; ses habitants en furent fort troublés. Cet homme infligeait bien des vexations aux Râfidites, et seul ʿAmīd al-Mulk al-Kundarī, vizir de Ṭughril Beg, prenait leur défense.
Durant cette année encore, un vent violent souffla ; un nuage de poussière s’éleva et assombrit le monde, au point que l’on dut allumer des lampes en plein jour dans les marchés.
Ibn al-Jawzî rapporte dans « Al-Muntaẓam » (1) : « Cette année-là, pendant la seconde décade de Ǧumādā al-Ākhirah, au moment du suḥur, apparut une étoile coiffée d’une traîne blanche, longue à l’œil d’environ dix coudées et large d’une coudée ; elle demeura ainsi jusqu’à la mi-Raǧab, puis s’évanouit. » On disait : « Une semblable étoile se montra en Égypte, et la ville fut conquise ; de même Bagdad : lorsqu’elle y parut, elle fut prise et l’on y prononça la khuṭba au nom des Égyptiens. »
Cette année-là, on contraignit les Râfidites à délaisser, dans l’appel à la prière, la formule « Ḥayya ʿalā khayri l-ʿamal », et il leur fut ordonné que le muʾaḏḏin proclamât à l’aube, après les deux ḥayʿalatayn, « Aṣ-ṣalātu ḫayrun mina n-nawm » à deux reprises. On effaça également, des portes de leurs mosquées et de leurs mausolées, l’inscription : « Muḥammad et ʿAlî sont les meilleurs des hommes. » Des chantres entrèrent par la porte de Baṣra jusqu’au Karkh et déclamèrent [des poèmes] célébrant les mérites des Compagnons.
En vérité, la première ascendance [des Râfidites] s’était éteinte : la dynastie des Bouyides les soutenait (2) et leur prêtait main-forte ; elle disparut et périt, et Allâh anéantit son pouvoir. Puis Allâh fit venir d’autres hommes, les Turcs Seldjoukides, qui aiment la Sunna, se montrent loyaux envers ses adeptes, reconnaissent sa haute dignité et l’élèvent – et Allâh, l’Éternellement Loué, est glorifié à jamais (3).
Le Raʾīs ar-Ruʾasāʾ, ministre du califat, ordonna ensuite au gouverneur d’exécuter Abû ʿAbd Allâh ibn al-Jallâb, doyen des drapiers (4), à Bâb aṭ-Ṭâq, pour l’extrémisme en rafḍ qu’il affichait ; il fut mis à mort et crucifié à la porte de sa boutique. Abû Ǧaʿfar aṭ-Ṭûsî s’enfuit, et sa demeure fut pillée – louange et grâce à Allâh (5).
La même année, al-Basâsîrî – qu’Allâh le vilipende – arriva à Mossoul, accompagné de Nûr ad-Dawla Dubays, à la tête d’une imposante armée. Il livra bataille à son maître Qurayš, que soutenait Qutalmish, cousin de Ṭughril Beg et ancêtre des rois de Rûm. Al-Basâsîrî les défit tous deux, s’empara de la ville par la force, y fit prononcer la khuṭba au nom des Fâṭimides d’Égypte et fit sortir son secrétaire de prison. Celui-ci avait prétendu à l’islam, pensant que cela le sauverait ; il fut exécuté.