Quant à al-Basâsîrî, il s’enfuit loin du calife vers la région d’ar-Raḥba (1). Il écrivit ensuite au souverain d’Égypte pour lui annoncer qu’il se tenait prêt à faire proclamer la daʿwa en son nom en Irak ; celui-ci lui envoya alors le gouvernement d’ar-Raḥba et le nomma son lieutenant sur place, afin qu’il fût prêt à mener à bien le projet qu’il tramait. Qu’Allah les défigure tous deux.
Le mardi dix (2) de Dhû l-Qaʿda, Abû ʿAbd Allâh Muḥammad ibn ʿAlî ad-Dâmaghânî (3) reçut l’investiture de Qâḍî al-Quḍât, et on le revêtit de la robe d’honneur, ceci après la mort d’Abû ʿAbd Allâh al-Ḥusayn ibn ʿAlî ibn Mâkûlâ. Le lendemain de l’entrée du roi Ṭughrulbek à Bagdad, le calife lui remit également une robe d’apparat ; il regagna sa demeure, précédé des tambours (4) et des trompettes (5).
Au cours de ce même mois s’éteignit Dhakhīrat ad-Dîn Abû al-ʿAbbâs Muḥammad, fils du Commandeur des Croyants al-Qâʾim bi-Amr Allâh et héritier présomptif de son père. Le malheur fut immense ; le Raʾīs ar-Ruʾasâʾ prit place pour recevoir les condoléances et la population accourut, ayant reçu l’ordre de déchirer ses vêtements, de desserrer ses turbans et de marcher pieds nus. Les tambours furent réduits au silence durant les jours de deuil, tant au Dâr al-Khilâfa qu’au palais du roi, en signe de tristesse pour l’héritier du califat.
Durant cette même année, Abû Kâmil ʿAlî ibn Muḥammad aṣ-Ṣulayḥî (6) al-Hamadhânî s’empara de la plus grande partie du Yémen ; il y fit prononcer la khuṭba au nom des Fâṭimides et supprima celle des Abbassides.
La même année encore, les Turkmènes (al-Ghuzz) multiplièrent les actes de corruption et le pillage des montures des gens ; le commun du peuple se dressa contre eux, les combats s’engagèrent, et la populace les dépouilla au point qu’un bœuf se vendit cinq qirâṭs et un âne de deux à cinq qirâṭs.
Cette année-là, la cherté devint extrême à La Mecque et les vivres vinrent à manquer ; Allah leur envoya alors une nuée de sauterelles qui recouvrit la terre, et ils les prirent en remplacement de nourriture. Aucun pèlerin d’Irak ne se rendit au ḥajj cette année-là.
La même année encore, les prix flambèrent dans la région de l’Ahwâz, au point qu’un kurr (7) se vendit à Shîrâz pour mille dinars. La discorde éclata, comme à l’accoutumée, entre Rawâfiḍ et Sunnites ; ils se livrèrent un combat violent et continu, et l’autorité ne parvint pas à séparer les deux camps. « Nous appartenons à Allah et c’est à Lui que nous retournons. »