Mawdûd ibn Masʿûd ibn Maḥmûd ibn Subuktegîn¹, seigneur de Ghazna, mourut cette année ; le pouvoir fut alors assumé, après lui, par son oncle ʿAbd ar-Rashîd ibn Maḥmûd ibn Subuktegîn — et Allah est plus savant.
Puis advint l’an quatre cent quarante-trois de l’Hégire.
Au mois de Ṣafar, la guerre éclata entre les Râfiḍites et les Sunnites : de part et d’autre, un grand nombre de vies furent fauchées. En effet, les Râfiḍites avaient dressé des tours sur lesquelles ils avaient inscrit, en lettres d’or : « Muḥammad et ʿAlî sont les meilleurs des hommes ; quiconque l’agrée est reconnaissant, quiconque le refuse est mécréant. » Les Sunnites réprouvèrent que l’on plaçât ainsi ʿAlî sur le même pied que le Prophète ﷺ ; l’affrontement s’embrasa donc et les combats se prolongèrent jusqu’au mois de Rabîʿ al-Awwal.
Un homme hachémite fut tué ; on l’inhuma près de l’imâm Aḥmad. Au retour de ses funérailles, les Sunnites pillèrent le mausolée de Mûsâ ibn Jaʿfar et y mirent le feu ; ils incendièrent également le tombeau de Mûsâ et de Muḥammad al-Jawâd, les sépultures des rois bouyides et de plusieurs vizirs ensevelis là, ainsi que la tombe de Jaʿfar fils d’al-Manṣûr, celle de Muḥammad al-Amîn, de sa mère Zubayda et de très nombreuses autres tombes. La fitna se propagea et dépassa toute mesure.
Les Râfiḍites ripostèrent eux aussi par de nombreux méfaits : ils incendièrent de vastes quartiers, profanèrent d’antiques sépultures, brûlèrent les restes de pieux personnages et projetèrent même de s’en prendre à la tombe de l’imâm Aḥmad ; le naqîb les en empêcha, redoutant les funestes conséquences d’un tel acte.
Un aʿyâr — aventurier de la plèbe — nommé al-Qaṭīʿî² s’en prit alors aux Râfiḍites ; il pourchassa leurs chefs et leurs notables, les tuant tantôt ouvertement, tantôt par ruse. L’épreuve qu’il causa devint très grave, et nul ne parvint à le maîtriser ; il faisait preuve d’une extrême bravoure, de puissance et de finesse tactique. Lorsque la nouvelle parvint à Dubays ibn ʿAlî ibn Mazîd, lui-même Râfiḍite, il interrompit la mention du calife al-Qâʾim bi-Amr Allâh dans la khuṭba ; après échanges de missives, il la rétablit.
Au mois de Ramaḍân, des présents envoyés par le roi Ṭughrul-Beg parvinrent au calife, en remerciement des faveurs qu’il lui avait accordées en lui expédiant robes d’honneur et acte d’investiture. Il adressa au calife vingt mille dînârs, à la cour cinq mille et au Raʾīs ar-Ruʾasâʾ deux mille. Or, quand Ṭughrul-Beg entreprit la restauration de Rayy, démolissant certains quartiers pour les rebâtir, il découvrit quantité de trésors enfouis d’or et de pierreries ; son prestige s’en trouva ainsi exalté et sa royauté affermie.
Parmi les notables décédés cette année-là figure Muḥammad ibn Muḥammad ibn Aḥmad³, Abû al-Ḥasan, le poète al-Buṣrawî, ainsi surnommé d’après un village situé en deçà de ʿUkbarâ, appelé Buṣrâ⁴, qui porte le même nom que la ville chef-lieu du Ḥawrân.
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¹ La numérotation renvoie aux indications de l’auteur.
² Aventurier, chef de bandes urbaines.
³-⁴ Villages et toponymes mentionnés par l’auteur.