Au cours de cette année :
Les Râfiḍites et les Sunnites de Bagdad conclurent un accord et se rendirent tous ensemble en pieuse visite aux deux mausolées : celui de ʿAlî et celui de al-Ḥusayn. Dans le quartier de Karkh, ils invoquèrent pour les Compagnons la formule « qu’Allah soit satisfait d’eux » et implorèrent la miséricorde divine en leur faveur. Fait des plus étonnants, à moins qu’il ne s’agît de taqiyya. Les prix des denrées chutèrent alors fortement à Bagdad.
Cette année encore, nul habitant d’Irak ne se rendit au Ḥajj ; il n’est de puissance ni de force qu’en Allah.
[Parmi les notables décédés cette année]
– ʿAlî b. ʿUmar b. al-Ḥasan, Abû al-Ḥasan al-Ḥarbî, surnommé al-Qazwînî (1). Né au premier jour de Muḥarram 360 H – année où mourut Abû Bakr al-Âjurî –, il entendit le ḥadîth d’Abû Bakr b. Shâdhân, d’Abû Ḥafs al-Zayyât et d’Ibn Ḥayyuwayh. Doué d’une vive intelligence, il comptait parmi les grands dévots vertueux d’Allah et fut gratifié de nombreux prodiges. Il récitait le Coran selon les différentes lectures, transmettait le ḥadîth et ne sortait de chez lui que pour la prière. Il mourut en Shaʿbân de cette même année ; Bagdad fut alors fermée en raison de son décès, la population assista à ses funérailles et le jour resta mémorable.
– ʿUmar b. Thâbit al-Thamânînî, le grammairien aveugle (2), commentateur d’« al-Lumaʿ ». Il excellait dans la science du naḥw et l’on se référait à son autorité (3). Ibn Khallikân rapporte qu’il étudia auprès d’Ibn Jinnî, expliqua ses écrits et maîtrisait parfaitement l’art grammatical. Il précise que sa nisba renvoie à un village du Djazîra appelé Thamânîn, ainsi nommé d’après les quatre-vingts compagnons de Noé – sur lui la paix – dans l’Arche. Allah est plus savant.
– Qirwâsh b. Muqallad, Abû al-Manîʿ (4), seigneur de Mossoul, de Koufa et d’autres territoires. Il était au nombre des tyrans. Al-Ḥâkim, souverain d’Égypte, le sollicita à plusieurs reprises et parvint à gagner sa faveur ; il fit alors prononcer la khuṭba en son nom dans ses provinces, puis se ravisa et se disculpa auprès du calife al-Qâdir, lequel l’excusa. Ce despote réunit sous un même mariage deux sœurs, ce que les Arabes lui reprochèrent ; il répondit : « Que nous vaut ce blâme ? La Sharîʿa l’autorise. » Sous le règne d’al-Muʿizz le Fâṭimide, il fut frappé de revers et ses biens furent pillés. À sa mort, le pouvoir revint à son neveu Quraysh b. Badrân b. Muqallad.