Il est le père de l’Imâm des Deux Sanctuaires, Abû al-Maʿâlî ʿAbd al-Malik fils d’Abû Muḥammad. Sa famille remonte à une tribu appelée Sinbis, et Jûwayn est l’un des villages des environs de Nîsâbûr. Il recueillit les ḥadiths, au fil de nombreux voyages, auprès d’un grand nombre de maîtres ; il étudia la littérature auprès de son père et acquit la science du fiqh auprès d’Abû al-Ṭayyib Sahl ibn Muḥammad al-Ṣuʿlûkî. Il se rendit ensuite à Marw, auprès d’Abû Bakr ʿAbd Allâh ibn Aḥmad al-Qaffâl ; puis il retourna à Nîsâbûr, où il ouvrit une chaire de débats. D’une grande prestance, il ne tolérait devant lui que le propos sérieux. Il composa de nombreux ouvrages couvrant diverses disciplines. Ascète, d’une piété scrupuleuse, il était si précautionneux [dans sa religion] qu’il arrivait qu’il acquitte la zakât deux fois.
Je l’ai cité dans mon « Ṭabaqât al-Shâfiʿiyya » et y ai rapporté les éloges que lui ont adressés les imâms. Il mourut en Dhû al-Qaʿda.
Ibn Khallikân (1) rapporte : « Il a composé le Tafsîr al-Kabîr, qui réunit différentes branches du savoir ; en fiqh, il a rédigé al-Tabṣira, al-Tadhkira, Muḫtaṣar al-Muḫtaṣar, al-Farqu wa-l-Jamʿ, al-Silsila, et d’autres encore. » Il fut un imâm dans la jurisprudence, les uṣûl, la langue arabe et les belles-lettres. Il décéda cette année-là, bien que certains avancent l’an trente-quatre, propos rapporté par al-Samʿânî dans son « Ansâb » (2). Il quitta ce monde dans la force de l’âge. Qu’Allâh lui fasse miséricorde, à lui et à nous, et qu’Il nous gratifie de Sa faveur et de Sa miséricorde.
[Ensuite débuta l’an quatre cent trente-neuf]
Au cours de cette année :
– Le roi seldjoukide Ṭughrul-Beg conclut la paix avec Abû Kâlîjâr, maître de Bagdad ; Ṭughrul-Beg épousa la fille d’Abû Kâlîjâr, et Abû Manṣûr, fils d’Abû Kâlîjâr, épousa la fille du roi Dâwûd, frère de Ṭughrul-Beg.
– Les Kurdes capturèrent Surkhâb, frère d’Abû al-Shawk, le présentèrent à Ibrâhîm Yannâl, qui ordonna qu’on lui crève un œil.
– Abû Kâlîjâr s’empara du pays des Marais ; son seigneur, Abû Naṣr, s’enfuit pour sauver sa vie.
– Surgit alors un certain al-Aṣfar al-Taghlibî, qui prétendit être l’un des personnages annoncés dans les livres. Il séduisit nombre de gens, attaqua les terres byzantines d’où il ramena un riche butin ; ainsi sa puissance grandit. Il advint toutefois qu’il fût capturé et livré à Naṣr al-Dawla ibn Marwân, seigneur de Diyâr Bakr, qui l’incarcéra et fit murer la porte de sa prison (3).
– La même année, une grave épidémie frappa l’ʿIrâq, la Jazîra et Bagdad [en raison des charognes des bêtes de somme mortes] : un grand nombre de personnes périrent, les marchés restèrent déserts, les prix flambèrent, et les denrées indispensables aux malades devinrent rares. Il arriva alors une lettre de