« Ô juge ? » — « Oui. »
Il laissa un dīwân de poésie sans pareil, presque introuvable ; le prestigieux Qâḍî al-Fâḍil s’employa à s’en procurer un exemplaire, mais n’y parvint point. Il mourut cette année-là. On rapporte, parmi ses vers composés dans la vallée de Buzâʿa (1) :
La vallée nous sauva du souffle ardent, ardent,
que couvre un double manteau de verdure abondant, ardent.
Nous trouvâmes son ombrage ; il pencha sur nous l’aile maternelle, maternelle,
comme la nourrice inclinée vers l’enfant tout juste sevré, maternelle.
À notre soif elle versa une eau d’un cristal divin, vin,
plus douce au compagnon que la coupe du plus noble vin, vin.
Guettant le soleil quand il paraît à l’azur, azur,
elle le voile aussitôt et laisse au zéphyr libre parcours, azur.
Ses cailloux rivalisent avec les joyaux des vierges altières, fières,
et font porter la main au côté du collier aux perles bien serrées, fières.
Ibn Khallikân (2), qu’Allah Très-Haut lui fasse miséricorde, a dit : « Ces vers sont remarquables par leur sens et par le genre auquel ils appartiennent. »
[Puis commença l’an quatre cent trente-huit.]
L’année débuta alors qu’une épizootie sévissait durement parmi les bêtes de somme, au point que Bagdad en empestait. Ibn al-Jawzî (3) rapporte : « Certains firent venir des médecins pour leurs montures ; on leur faisait boire de l’eau d’orge et on les soignait ainsi. »
Au cours de cette année :
– Le sultan Ṭughrul Beg assiégea Ispahan ; les habitants conclurent avec lui un accord portant sur une somme d’argent qu’ils lui versèrent et l’autorisation de faire prononcer la khuṭba en son nom dans la ville ; il y consentit.
– Muhalhil s’empara de Qarmîsîn et de Dînawar.
– Chez les Banû Khafâja, le pouvoir revint, après la mort de Badrân ibn Sulṭân ibn Thimâl, à un certain Rajab ibn Abî Manîʿ ibn Thimâl. Ces Bédouins sont ceux qui, plus que tout autre, barrent la route aux pèlerins de la Maison sacrée ; qu’Allah ne leur accorde aucun bien, qu’Il les couvre d’ignominie le Jour où se lèveront les témoins, le jour où l’excuse des injustes ne leur sera d’aucun secours ; qu’ils héritent de l’humiliation et d’une funeste demeure !
Parmi les notables décédés cette année-là :
– le shaykh Abû Muḥammad (4) ʿAbd Allâh ibn Yûsuf ibn ʿAbd Anṭaʾ ibn Yûsuf ibn Muḥammad ibn Ḥayyawah, connu sous le nom d’Abû Muḥammad al-Jûwaynî, imâm des shâfiʿites de son époque.