Il se saisit de ses biens. Le roi Abū Kālijār, maître de Bagdad, se prépara alors à combattre les Seldjouqides qui avaient attaqué (1) ses partisans [et agressé ses suivants]. Il ne put toutefois mener l’expédition, faute de montures : en effet, cette année-là, un fléau s’abattit sur les chevaux, si bien qu’il en périt près de douze mille, et Bagdad empestait l’odeur de leurs carcasses.
Au cours de la même année, un affrontement éclata à Bagdad entre les Râfiḍites (chiites) et les Sunnites ; puis les deux groupes s’entendirent pour piller les demeures des Juifs et incendier l’ancienne église qui leur appartenait.
La même année encore, l’un des notables chrétiens mourut à Wāsiṭ. Sa famille installa la réception des condoléances devant la porte d’une mosquée, fit sortir publiquement sa dépouille, escortée d’un détachement de Turcs chargé de la protéger. La populace se rua sur eux, s’empara du mort, le retira de ses linceuls, le brûla et le jeta dans le Tigre ; elle se rendit ensuite au monastère, le pilla, et les Turcs furent incapables de la repousser.
Les gens d’Irak ne partirent pas en pèlerinage cette année-là.
Parmi les personnalités décédées au cours de cette année :
– Fāris ibn Muḥammad ibn ʿAnān (2), seigneur de Daynawār et de Ḥulwān, qui mourut à cette époque.
– Khadīja bint Mūsā ibn ʿAbd Allāh, la prédicatrice (4), connue sous le nom de « Bint al-Baqqāl », et surnommée Umm Salama. Al-Khaṭīb dit : « J’ai écrit d’elle ; elle était pauvre, vertueuse et méritante. »
– Aḥmad ibn Yūsuf al-Sulaykī al-Manāzī (6)(7), poète, secrétaire, et vizir d’Aḥmad ibn Marwān al-Kurdī, seigneur de Mayyāfāriqīn [et du Diyār Bakr]. Il était savant, brillant et agréable ; il fut dépêché plusieurs fois en ambassade à Constantinople, acquit un grand nombre de livres qu’il légua aux mosquées d’Āmid et de Mayyāfāriqīn. Un jour, il entra chez Abū al-ʿAlāʾ al-Maʿarrī et lui dit :
« Je me tiens à l’écart des gens, car ils me nuisent ; [je leur ai abandonné la vie d’ici-bas]. »
Al-Maʿarrī répondit : « Pourquoi donc, alors que tu leur as abandonné, en plus, la vie future ? »
[Il poursuivit : « Et l’au-delà…"]