Il passa sa vie à voyager et à vivre loin de sa patrie ; il arriva à Bagdad en l’an trente-deux et quatre-cents (1). Il y transmit des traditions d’Abû Bakr ibn Abî al-Ḥadîd ad-Dimashqî et d’Abû al-Ḥusayn ibn Jumayʿ al-Ghassânî. On le tenait pour digne de confiance, véridique, homme de lettres et poète de talent.
[Puis commença l’année trente-trois et quatre-cents]
Au cours de celle-ci :
– Ṭughrul-Beg conquit Jurjân et Ṭabaristân, puis regagna Naysâbûr, aidé et victorieux.
– Ẓahîr ad-Dawla Abû Manṣûr ibn ʿAlâʾ ad-Dawla Abî Jaʿfar ibn Kâkuwayh accéda au pouvoir à la mort de son père ; un différend l’opposa alors à ses deux frères Abû Kâlijâr et Kurshâsaf (2).
– Abû Kâlijâr entra à Hamadhân et en repoussa l’incursion ennemie.
– Les Turcs se soulevèrent à Bagdad parce que leur solde tardait à leur être versée ; le pont de Zurayq sur le Nahr ʿIsâ s’effondra, de même que l’antique passerelle voisine.
– Un homme des Bulgares arriva à Bagdad pour accomplir le pèlerinage. Se présentant comme l’un de leurs notables, on le logea au Dâr al-Khilâfa et on lui assigna une pension. Il affirma qu’ils sont issus d’un métissage turco-slavon, qu’ils résident à l’extrémité des territoires turcs, que le jour chez eux se réduit parfois à six heures – la nuit de même –, et qu’ils disposent de sources, de cultures et de vergers irrigués par les pluies et les canaux.
Cette même année :
– On fit lecture de la ʿAqîda [al-Qâdiriyya] que l’Amîr al-Muʾminîn al-Qâdir billâh avait rédigée, et l’on recueillit les signatures des savants et des ascètes [au bas du texte] attestant qu’il s’agit de la croyance des musulmans et que quiconque la contredit tombe dans la mécréance et la perversité. Le premier à signer fut le shaykh Abû al-Ḥasan ʿAlî ibn ʿUmar al-Qazwînî, puis les ʿulamâʾ apposèrent leurs signatures. Abû al-Faraj ibn al-Jawzî l’a reproduite intégralement dans son « Muntaẓam » (3) ; elle renferme un précieux exposé de la creed du Salaf (4).
[Parmi les notables décédés au cours de cette année]
Bahrâm ibn Mâfanna Abû Manṣûr (5), vizir d’Abû Kâlijâr. Il était chaste, pudique, irréprochable, équitable dans sa conduite. Il dota la ville de Fîrûzâbâd d’une bibliothèque renfermant sept mille volumes, dont quatre mille feuillets autographes d’Abû ʿAlî et d’Abû ʿAbd Allâh, fils d’Ibn Muqla.