Un jour, Dâwud les surprit ; Masʿûd prit la fuite devant lui. Dâwud s’empara alors de ses vivres et de ses tentes, s’assit sur son trône et répartit le butin. Son armée demeura trois jours à cheval, sans jamais en descendre, par crainte d’une attaque soudaine de l’ennemi ; c’est par cette vigilance qu’ils obtinrent ce qu’ils recherchaient et réalisèrent l’ensemble de leurs espérances.
Puis, par un heureux concours de circonstances pour eux, le roi Masʿûd se dirigea vers les terres de l’Inde pour y hiverner. Il laissa auprès de son fils Mawdûd une forte armée en raison de la guerre contre les Seldjoukides. Lorsqu’il eut franchi le pont sur le Sayḥûn, ses soldats pillèrent ses bagages, se rallièrent à son frère Muḥammad et déposèrent Masʿûd. Celui-ci rebroussa alors chemin, les combattit, mais ils le mirent en déroute et le firent prisonnier. Son frère lui dit : « Par Allah, je ne te rendrai pas le mal que tu m’as fait ; choisis plutôt, pour toi et ta famille, la contrée où tu souhaites résider. » Il choisit une grande forteresse où il s’installa.
Par la suite, le roi Muḥammad – frère de Masʿûd – confia le pouvoir, pour après lui, à son fils Aḥmad, et l’armée lui prêta serment d’allégeance. Aḥmad était emporté et d’un discernement limité. Il s’entendit avec leur oncle Yûsuf ibn Subuktakîn pour tuer Masʿûd, afin que l’autorité leur revînt sans partage. Aḥmad se rendit donc auprès de Masʿûd, à l’insu de son père, et le tua. Lorsque son père l’apprit, il en fut fort irrité, blâma sévèrement son fils et écrivit à son neveu pour s’en excuser, jurant qu’il n’en avait rien su.
Mawdûd ibn Masʿûd lui écrivit alors :
« Qu’Allah accorde à ton fils insensé une raison qui lui permette de vivre ! Il a commis une faute énorme : il a osé répandre le sang d’un roi tel que mon père, que le Commandeur des croyants avait honoré du titre de “Maître des rois et des sultans”. Vous saurez bientôt quelle injustice vous avez fomentée et quel mal vous avez embrassé : “Et ceux qui ont été injustes sauront bientôt vers quel retour ils reviendront.” » [ash-Shuʿarâʾ : 227]
Il marcha alors contre eux avec d’imposantes armées, les combattit, les vainquit et les captura. Il mit à mort son oncle Muḥammad, son fils Aḥmad, tous ses cousins, à l’exception de ʿAbd ar-Raḥîm, ainsi qu’un grand nombre des principaux émirs.
Il édifia en ce lieu un village qu’il nomma Fath-Âbâdh, puis se rendit à Ghazna, qu’il entra au mois de Shaʿbân. Il y fit régner la justice et adopta la voie de son grand-père Maḥmûd ; les gens lui obéirent, et les gouverneurs des marches lui écrivirent pour se soumettre et se rallier. Toutefois, il avait détruit sa propre parenté de sa main, et cela compta parmi les causes de la prospérité des Seldjoukides.
Dans le courant de la même année :
Les fils de Ḥammâd (1) se révoltèrent contre al-ʿAzīz Bâdis, souverain d’Ifriqiya ; celui-ci marcha contre eux et les assiégea près de deux ans. Cette année-là, l’Ifriqiya connut une cherté extrême, du fait du retard des pluies.
À Bagdad, une grande sédition éclata entre les râfidites et les sunnites, ceux d’al-Karkh et ceux de Bâb al-Baṣra ; un grand nombre de personnes des deux camps furent tuées.
Nul des habitants de l’Irak, de ses environs ou du Khurâsân ne put accomplir le pèlerinage cette année-là.
[Parmi les notables décédés au cours de cette année] :
Muḥammad ibn al-Ḥusayn ibn al-Faḍl ibn al-ʿAbbâs (2), Abû Yaʿlâ al-Baṣrī, le soufi.