Il fit également comparaître le Raʾs al-Jālût, chef des Juifs, et on leur imposa le giyâr (1).
Au mois de Ramaḍân, Jalâl ad-Dawla reçut, sur ordre du calife, le titre de « Shâhinshâh al-Aʿẓam, Malik al-Mulûk » – « Empereur suprême, Roi des rois ». Ce titre fut proclamé du haut des chaires ; la foule s’en indigna, lapida les prédicateurs avec des briques et une grave fitna éclata. Les juristes furent alors consultés.
Abû ʿAbd Allâh aṣ-Ṣaymarî émit cette fatwa : « Pour ces appellations, c’est l’intention qui prévaut. Allah – Très-Haut – a dit : ﴾Certes Allah vous a suscité Tâlût comme roi﴿ (al-Baqarah, 247) et : ﴾Au-delà d’eux se trouvait un roi﴿ (al-Kahf, 79). Puisqu’il existe sur terre des rois, il est permis que certains surpassent d’autres par la puissance et les moyens; il est donc permis que les uns [soient au-dessus des autres et] plus éminents (2), sans qu’il y ait là matière à réprobation ni assimilation entre le Créateur et la créature. »
Le qâḍî Abû Ṭayyib aṭ-Ṭabarî écrivit : « Employer l’expression ‘Malik al-Mulûk’ est licite; elle signifie ‘roi des rois de la terre’. De même qu’il est permis de dire ‘Kâfî al-Kufât’ (suffisant des suffisants) ou ‘Qâḍî al-Quḍât’ (juge des juges), il est permis de dire ‘Malik al-Mulûk’. Dès lors que la formulation montre que l’on vise les rois de la terre, tout soupçon disparaît. Ainsi dit-on : ‘Ô Allah, rétablis le roi’, et l’on comprend qu’il s’agit d’une créature. »
At-Tamîmî al-Ḥanbalî écrivit une réponse analogue.
Quant au qâḍî al-Mâwardî, auteur du « Hâwî al-Kabîr », on rapporte qu’il l’avait également autorisé; toutefois, le plus connu de lui – ainsi que le rapportent Ibn al-Jawzî (3) et le shaykh Abû ʿAmr Ibn aṣ-Ṣalâḥ dans « Adab al-Muftî » – est qu’il l’interdit. Il persista dans cette interdiction malgré sa fréquentation assidue de Jalâl ad-Dawla, le crédit dont il jouissait auprès de lui, et il se tint à l’écart de ses assemblées jusqu’à ce que le roi le convoquât un jour de fête. Lorsqu’il entra, il était craintif, redoutant quelque désagrément.
Le roi, l’ayant accueilli, lui dit : « Je sais que si tu n’as pas suivi ceux qui l’ont autorisé, en dépit de ta proximité et de ta considération auprès de moi, c’est par piété et par attachement à la vérité [qui t’est plus chère que quiconque]. Si tu devais ménager quelqu’un, tu m’aurais ménagé; cela n’a fait que renforcer mon amour et mon estime pour toi. »
Je (l’auteur) dis : L’avis d’interdiction adopté par le qâḍî al-Mâwardî concorde avec la Sunna, confirmée par plusieurs voies authentiques. L’imâm Aḥmad ibn Ḥanbal rapporte dans son Musnad (4) : « Nous a raconté Sufyân ibn ʿUyaynah, d’après Abû’z-Zinâd, d’après al-Aʿraj, d’après Abû Hurayrah, que le Prophète ﷺ a dit : “Le nom le plus vil auprès d’Allah, au Jour de la Résurrection, est celui d’un homme qui se fait appeler ‘Roi des rois’. ” » Aḥmad ajouta : « J’ai interrogé Abû ʿAmr ash-Shaybânî sur le mot akhnaʿ ; il répondit : ‘le plus abject’. »
Al-Bukhârî l’a également rapporté (5) d’après ʿAlî ibn al-Madînî, d’après Sufyân ibn ʿUyaynah.