[Puis commença l’année vingt-trois et quatre-cents]
Le sixième jour de Muḥarram de cette même année, les habitants de Bagdad accomplirent la prière d’imploration de la pluie en raison du retard des précipitations à leur saison ; aucune averse ne survint et la mortalité se répandit parmi les gens.
Lorsque arriva le jour de ʿĀshūrāʾ, les [Rāfiḍites] pratiquèrent l’odieuse innovation ; lamentations et pleurs se multiplièrent, si bien que les rues, les marchés et tous les lieux s’en remplirent.
Puis, en Ṣafar, l’ordre fut donné aux gens de sortir pour la prière de la pluie à cause de la sécheresse du pays ; or, dans Bagdad, malgré son étendue et le grand nombre de ses habitants, il ne se trouva pas cent personnes, tous édifices cultuels confondus, pour y prendre part.
Au cours de la même année, un différend éclata entre l’armée et Jalāl ad-Dawla, si bien qu’il fut convenu qu’il se retirerait à Baṣra. Il renvoya alors nombre de ses concubines auprès de leurs anciens maîtres, en retint quelques-unes, puis quitta Bagdad dans la nuit du lundi six Rabīʿ al-Awwal. Les pages et les ispahsālārīya écrivirent au roi Abū Kālijār afin qu’il vînt à eux ; le territoire était préparé pour lui, il ne restait plus d’adversaires ni d’envieux. Ils pillèrent la demeure de Jalāl ad-Dawla et d’autres maisons encore. Le roi tarda cependant à se mettre en route, car son vizir al-ʿĀdil ibn Ṣāfina lui conseilla de ne pas se rendre à Bagdad, [et il lui obéit].
Les bandits se firent alors nombreux dans Bagdad, la situation s’aggrava par leur fait, la cité sombra dans le désordre, et Jalāl ad-Dawla tomba dans une telle indigence qu’il dut vendre certains de ses vêtements sur les marchés. Abū Kālijār, de son côté, se défia des Turcs et réclama d’eux des otages, demande qui n’aboutit pas ; l’intervalle se prolongea. On revint donc à correspondre avec Jalāl ad-Dawla pour qu’il regagnât sa ville, on se mit à lui présenter des excuses et l’on fit prononcer la khuṭba en son nom comme d’usage. Après quarante-trois nuits, il rentra à Bagdad.
Le calife dépêcha alors des envoyés auprès du roi Abū Kālijār ; parmi eux se trouvait le qāḍī Abū ʾl-Ḥasan al-Māwardī, chargé de le saluer et de lui signifier la nostalgie qu’éprouvait le calife à son égard. Ils furent admis auprès de lui, paré d’un faste éclatant, et il demanda qu’on le gratifiât du titre de « sulṭān magnifié, maître des nations ». [Al-Māwardī répondit : « Il n’y a point de voie à cela, car le sulṭān magnifié est le calife, tout comme maître des nations. »] On s’accorda alors à le surnommer « Malik ad-Dawla ».
Il fit remettre par l’intermédiaire d’al-Māwardī de somptueux présents, dont un million de dinars sābūrī et bien d’autres, ainsi que des milliers de dirhams [réunis], des cadeaux et des attentions.
Les soldats s’assemblèrent pour réclamer leurs soldes au calife ; la chose se révéla impossible. Ils eurent donc l’intention de supprimer la khuṭba en son nom ; la prière du vendredi ne fut pas célébrée pour lui cette semaine-là, puis la khuṭba reprit en son nom le vendredi suivant. La ville sombra dans un grand désordre et les brigands pullulèrent.
En Rabīʿ ath-Thānī de cette année, le calife fit serment à Jalāl ad-Dawla de la pureté et de la sincérité de son intention, affirmant conserver à son égard toute véracité, droiture d’intention et de for intérieur (1).
Un différend survint ensuite entre eux à cause des jeux de Jalāl ad-Dawla, de son absorption de nabīd et de son exhibitionnisme en la matière ; il s’excusa alors auprès du calife et ils se réconcilièrent dans un contexte de corruption.