Si quelque montagne s’est effondrée, cessant d’être ferme ;
De toi demeure pour nous une montagne, toujours ferme.
Nous avons perdu la pleine lune et sa resplendissante lumière ;
Il nous reste cependant son soleil au grand matin, même lumière.
Un deuil s’est assis là où devrait régner la joie ;
Que de rires, au sein des pleurs(1)(2), répondent à la joie.
Ô glaive qu’une main a remis au fourreau, vive lame ;
Après toi nous garde le glaive tiré, vive lame.
Lorsque nous vînmes sceller l’allégeance, ta conduite fut guidance ;
Par elle nous reconnûmes les sentiers assurés de la guidance.
Tu te présentas, noble de cheveux blancs et pourtant de jeunesse ;
Parfait, et ton âge demeure bien l’âge de la jeunesse.
Les Turcs réclamèrent la gratification habituelle liée au serment d’allégeance, mais le calife ne possédait rien [à leur accorder], car son père n’avait laissé aucun bien. La fitna faillit éclater pour cette raison, jusqu’à ce que le roi Jalāl ad-Dawla s’acquittât pour lui d’une grosse somme, environ trois mille dinars. Le calife prit alors pour vizir Abū Ṭālib Muḥammad b. Ayyūb et investit Ibn Mākūlā de la magistrature.
Nul, parmi les habitants de l’Orient, n’accomplit le ḥajj cette année-là, si ce n’est une poignée de gens partis de Kūfa avec quelques Arabes, [qui accomplirent le pèlerinage].
Parmi les notables décédés cette année-là, en dehors du calife :
– al-Ḥasan b. Jaʿfar(3), Abū ʿAlī b. Mākūlā, vizir de Jalāl ad-Dawla. Nous avons déjà rapporté qu’il fut envoyé contre la Batīḥa qu’il soumit. Il tenta ensuite de prendre Baṣra, sans y parvenir ; ses habitants le combattirent, le capturèrent, puis il demanda à être conduit auprès du roi Abū Kālījār, qui lui fit grâce et le libéra. Mais lorsqu’il parvint à Ahwāz, un de ses esclaves et une concubine complotèrent contre lui et l’assassinèrent, en Dhū al-Ḥijja de cette année, à l’âge de cinquante-six ans.
– ʿAbd al-Wahhāb b. ʿAlī(4) b. Naṣr b. Aḥmad b. al-Ḥusayn b. Hārūn b. Mālik b. Ṭawq, seigneur d’ar-Raḥba, at-Taghlibī, al-Baghdādī, Abū Muḥammad, l’un des grands imāms du madhhab mālikite, son auteur et son juge impartial. Il composa le livre « at-Talqīn », que les étudiants apprennent par cœur, ainsi que d’autres ouvrages, en branches comme en fondements. Il séjourna longtemps à Bagdad et exerça la fonction de juge à Bādrāyā et Bākasāyā(5). Puis, gêné par la précarité de sa situation, il quitta Bagdad ; lorsqu’il entra en Égypte, les Maghrébins l’honorèrent, lui donnèrent beaucoup d’or ; il fit fortune et connut une grande prospérité.
Il déclama alors, languissant de Bagdad et de ses hauts lieux :
« Paix sur Bagdad à chacune de mes haltes ;
Il est juste qu’un salut redoublé, de moi, la gratte. »