soixante-dix ratls de joyaux [chaque joyau ayant une valeur inestimable] ; après lui, son fils Muḥammad prit la direction des affaires, puis la royauté passa à son autre fils, Masʿūd b. Maḥmūd, qui rappela en tout son père. Un savant composa un volume consacré à sa biographie, à ses jours, à ses jugements, à ses conquêtes et à ses royaumes ; l’ouvrage s’avéra des plus utiles.
[Puis commença l’an quatre cent vingt-deux de l’Hégire.]
Au cours de celle-ci :
– survint le décès d’al-Qādir bi-llāh et l’accession au califat de son fils al-Qāʾim bi-llāh, dont le détail viendra plus loin ;
– éclata une grave sédition entre les Sunnites et les Râfiḍa ; la Sunna l’emporta, tua un grand nombre d’entre eux, pilla le quartier de Karkh ainsi que la demeure d’al-Sharîf al-Murtaḍâ. La populace mit à sac les maisons des Juifs, accusés d’avoir aidé les habitants de Karkh parmi les Râfiḍa, et le pillage s’étendit à de nombreuses demeures.
[La fitna se propagea considérablement, puis s’apaisa ; la même année, les monnaies se multiplièrent,]
et l’épreuve gagna toute la ville à cause des ʿayyârîn : ceux-ci osèrent bien des forfaits, dévastant maisons et lieux, ouvertement ou en secret, de nuit comme de jour ; il n’est de force ni de puissance qu’en Allah, le Très-Haut, le Très-Grand.
Califat d’al-Qāʾim bi-llāh Abû Jaʿfar ʿAbd Allâh b. al-Qādir bi-llāh
On lui prêta serment de fidélité au califat à la mort de son père al-Qādir bi-llāh — Abû al-ʿAbbâs Aḥmad b. Isḥâq b. al-Muqtadir bi-llāh b. al-Muʿtaḍid b. l’émir Abû Aḥmad al-Muwaffaq b. al-Mutawakkil b. al-Muʿtaṣim b. ar-Rachîd b. al-Mahdî b. al-Manṣûr —, décédé dans la nuit du lundi 11 Dhû al-Ḥijja de cette année, à l’âge de quatre-vingt-six ans, dix mois et vingt-et-un jours. Aucun calife avant ni après lui ne vécut aussi longtemps ; il passa quarante-et-une années et trois mois sur le trône, record inégalé. Sa mère était une umm walad nommée Tamannî, affranchie de ʿAbd al-Wâḥid b. al-Muqtadir.
Qu’Allah lui fasse miséricorde : il était d’une patience et d’une générosité exemplaires, aimait les gens de science, de religion et de piété, ordonnait le bien et interdisait le mal. Il suivait, dans la croyance, la voie des Pieux Prédécesseurs et rédigea à ce sujet des traités que l’on lisait publiquement. De teint clair, bien bâti, il portait une longue barbe épaisse qu’il teignait. Il veillait la nuit en prière, donnait largement en aumône, aimait la Sunna et ses partisans, haïssait l’innovation et ses promoteurs. Il jeûnait fréquemment et faisait participer les pauvres à son repas de rupture, en envoyant de celui-ci aux résidents voisins [des Deux Sanctuaires], ainsi qu’à la grande mosquée d’al-Manṣûr et à celle de Ruṣâfa. Il sortait de sa demeure vêtu comme le commun des gens pour visiter les tombes des vertueux. Nous avons déjà présenté un bon aperçu de sa vie lors de son investiture, en 381 H.
On tint pour lui sept jours de condoléances, tant le malheur était grand et afin d’établir fermement l’allégeance à son fils al-Qāʾim bi-llāh, Abû Jaʿfar ʿAbd Allâh b. al-Qādir bi-llāh. Sa mère, Qaṭr an-Nadâ, d’origine arménienne, vécut assez longtemps pour voir son califat. Il naquit le vendredi 18 Dhû al-Qaʿda 391 H. Son intronisation eut lieu en présence des juges, émirs, grands et notables ; le premier à lui prêter serment fut al-Sharîf al-Murtaḍâ, qui lui récita une imposante qasîda, dont voici quelques vers :