C’est pourquoi, ô mon ami, j’ai dit aux plaisirs : « Retirez-vous de moi » (1)
Et j’ai fait du souci et du chagrin le lot que ce monde réserve pour moi.
Ô ma vie, ma mort, ma souffrance, mon Médecin miséricordieux (2),
Sois généreux envers un amoureux (3) qui se consume, dans l’ampleur de Ton accueil miséricordieux.
On fixa la date de son décès au moment où il restait dix jours de Jumādā al-Ūlā de la présente année ; il fut inhumé dans la mosquée al-Qadam.
Al-Ḥusayn b. Muḥammad al-Khalīʿ, le poète (4), possédait un dīwān de vers beaux et élégants [il vécut longtemps] ; son décès survint lui aussi au cours de cette année, à un âge avancé.
Le grand roi (5), le martyr équitable, Maḥmūd b. Subuktakīn, Abū l-Qāsim, surnommé Yamīn ad-Dawla et Amīn al-Millah, souverain des territoires de Ghazna et de leurs dépendances : son armée était désignée sous le nom de « Sāmānides ». Son père avait conquis ces contrées et mourut en 387 H ; son fils Maḥmūd lui succéda, gouvernant tous ses sujets avec justice, portant pleinement le fardeau de l’Islam, et ouvrant de nombreuses conquêtes en Inde et ailleurs. Sa renommée grandit parmi les nations, son royaume s’élargit, ses administrés se multiplièrent et sa vie se prolongea, grâce à sa justice, à son jihād et aux faveurs qu’Allah lui accorda.
Dans l’ensemble de ses provinces, la khuṭba était prononcée au nom du calife abbasside al-Qādir bi-Llāh. Les envoyés fāṭimides d’Égypte se présentaient à lui porteurs d’épîtres, de présents et d’offrandes, afin de le rallier ; il déchirait leurs étoffes, rejetait leurs lettres et leurs cadeaux, et brûlait leurs parures.
Allah lui accorda en Inde des victoires [immenses] qu’aucun autre roi n’obtint, ni avant ni après lui. Il ramena un butin incalculable d’or, de perles et de captifs ; il fracassa d’innombrables idoles, statues et fétiches — qu’Allah illumine son visage — et en retira maints bijoux. Nous en avons exposé le détail plus haut, année par année, dans la chronique de son règne.
Parmi les idoles qu’il brisa se trouvait un colosse vénéré par les Hindous, nommé Somanāt ; on en retira vingt millions de dinars d’or. Il vainquit encore le grand roi indien nommé Jibiyāl (6), soumit le plus puissant des rois turcs, appelé Īlik Khān, et anéantit la dynastie des Sāmānides, maîtres du Khurāsān depuis cent ans.